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erci d'avoir gagné, vous avez ainsi mis fin au formidable hold-up de Nicolas Sarkozy sur
la Coupe du monde.
En désignant l'entraîneur national Bernard Laporte secrétaire d'Etat aux sports ou je ne sais quoi avant même le début de la Coupe du monde, Nicolas Sarkozy cherchait à s'attribuer le bénéfice du succès attendu, violant le principe de neutralité politique de l'équipe nationale, neutralité qui constituait jusqu'alors le socle du contrat de confiance conclu entre une équipe et une nation. Il faisait main basse sur nos sentiments et nos émotions, cherchant à nous rendre captifs de nos passions, se plaçant dans le sillage de cette équipe, multipliant apparitions incongrues - telle celle d'un président en cravate face à des hommes à demi nus dans un vestiaire embué - et accolades viriles. Cette pratique tendant à profiter des efforts des autres pour son propre bénéfice porte un nom : cela s'appelle le parasitisme.En matière commerciale, le parasitisme est lourdement sanctionné, car les juges considèrent avec raison qu'il s'agit d'une pratique particulièrement déloyale. Ce qui s'est passé avec l'équipe de France est un peu la répétition de l'affaire des infirmières bulgares. Des équipes ont travaillé dans le secret pendant des années et ont très sérieusement progressé jusqu'à ce qu'un petit malin, arrivé au dernier moment, rafle la mise pour son bénéfice personnel. Cela bien entendu nous vaut le mépris et la rancune de nos voisins, allemands notamment, victimes de cette pratique hasardeuse. SUCE LE SANG Ici, pas de mise. L'équipe de France a perdu. C'est normal, on court moins vite quand on porte quelqu'un sur son dos ; on est moins fort quand on vous suce le sang. En instrumentalisant l'équipe de France, en tentant de s'approprier son labeur, son aura, en faisant siens ses succès, Nicolas Sarkozy lui a pompé son âme. Dès lors, elle ne pouvait que perdre, merveilleuse nouvelle pour les amoureux du rugby. Nicolas Sarkozy devrait méditer le proverbe africain qui dit sagement : "Quand tu craches en l'air, ça te retombe inévitablement dessus." Amis anglais, merci encore d'avoir gagné.
Alain Weber est avocat. |
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A Dakar, après un très beau discours sur la colonisation, le président a poursuivi en affirmant que l'homme africain n'était pas entré dans l'histoire. Autant l'ancien avocat d'affaires était à l'aise sur le terrain du droit, autant on a deviné qu'il n'était pas anthropologue ! En un siècle, on a imposé à "l'homme africain" des cultures d'exportation - le coton par exemple - qui ont été expédiées dans les Vosges et maintenant en Chine ! Aujourd'hui, les cotonculteurs burkinabés consultent sur ordinateur les cours du marché de Chicago et viennent d'autoriser les OGM. Si ce n'est pas une entrée dans l'histoire ! Le président actuel ne rend pas justice à l'hyperactivité des Africains.
La gauche vous semble-t-elle plus cohérente sur l'Afrique ?
Entre le président qui pense que l'Africain n'est pas entré dans l'histoire et les bonnes âmes de gauche convaincues que les campagnes africaines se vident parce qu'on y meurt de faim, c'est le même discours. La gauche pense que l'Afrique végète et qu'il faut faire un effort de générosité ; la droite part du même constat pour prôner des solutions libérales. Tous nous trouvent nuls. La réalité est que l'Afrique atteint 5 % ou 6 % de croissance pendant que la France est à 1,8 %. En jetant ce regard misérabiliste et compassionnel sur l'Afrique, la France se rassure elle-même. Elle a besoin de penser que l'Afrique ne va pas bien. Pendant ce temps, les gens de Dubaï, les Indiens et les Chinois, ne nous disent pas que nous ne sommes pas entrés dans l'histoire, ils commercent avec nous.Il ne faut donc pas désespérer
...Je ne vois pas de continent qui ait progressé plus vite que l'Afrique ces dernières années, en termes de dynamique, de respect du droit, d'alphabétisation... Il est vrai que les années 1980 et 1990 ont été horribles, marquées par des guerres et des crises économiques. Mais cela appartient au passé.
Quel progrès vous semble le plus marquant ?
Le plus frappant, c'est l'assainissement financier. L'Afrique s'est désendettée, l'inflation et les déficits publics sont maîtrisés. Regardez les pays de la zone franc : l'inflation est faible et les déficits publics représentent moins de 3 % du PIB. Les signes de pathologie économique régressent, et ce sans le FMI et sans émeutes de la faim. Et cela ne s'explique pas que par la hausse des matières premières. Je suis moins impressionné par la croissance à deux chiffres de l'Angola et du Mozambique, qui ont du pétrole et où tout est à reconstruire, que par les 3 % à 4 % de croissance annuelle que réalise le Burkina-Faso, un Etat enclavé qui ne produit que du coton, une des rares matières premières dont le prix n'augmente pas. Sur les 53 pays d'Afrique, 14 ont du pétrole mais tous progressent.Y a-t-il un pays exemplaire ?
Je préfère regarder ce que chaque pays fait de bien. Prenez le Sénégal, le Mali, le Bénin, la Sierra Leone, le Liberia, la démocratie y progresse, ce qui ne peut que favoriser le développement économique. On a longtemps opposé le miracle ivoirien à la stagnation sénégalaise. Or ce pays progresse. Mittal vient d'annoncer un investissement de 2 milliards de dollars (1,4 milliard d'euros), ce qui représente près du tiers du PIB local ! Et Dubaï est en train d'investir dans le port de Dakar. Au Maroc, une nouvelle génération émerge et Tanger devient une plate-forme logistique et industrielle pour toute la Méditerranée. Au Bénin, le taux de participation aux élections est de 85 %. Les Africains peuvent aujourd'hui se regarder sans rougir.Les infrastructures font encore souvent défaut.
L'Afrique manque d'infrastructures, c'est vrai, mais, désormais, nous savons nouer des partenariats entre le public et le secteur privé et, grâce à ce dernier, les projets avancent. Quand le Sénégal a privatisé son opérateur téléphonique, personne ne prévoyait que la Sonatel vaudrait 2,8 milliards de dollars et qu'elle serait la première capitalisation d'Afrique, hors Afrique du Sud. Au Sénégal et au Bénin, un tiers de la population a un téléphone portable.Ce printemps de l'Afrique ne risque-t-il pas d'être éphémère ?
Si les mentalités évoluent, si l'éducation progresse et si les infrastructures s'améliorent, on peut être optimiste.L'exode rural reste une réalité.
Est-ce que les Français ont pleuré sur les pauvres paysans bretons qui quittaient leurs terres pour débarquer à Paris ? L'exode rural s'explique par les gains de productivité dans l'agriculture. Aujourd'hui, dans certaines fermes du Bénin, on a trois récoltes de riz par an. Le Sahel, que l'on continue de voir comme une terre de famine, est devenu le premier exportateur africain de protéines animales.Mais la croissance urbaine n'est pas maîtrisée.
Les villes deviennent de véritables acteurs économiques et ont un effet d'entrainement sur une partie du pays. C'est le cas du métro à Alger ou de l'assainissement des eaux de Casablanca. Même le développement de Lagos est mieux maîtrisé qu'il y a cinq ans. Et si Dakar est saturé, c'est parce qu'il y a des chantiers partout.L'Afrique est pourtant restée à l'écart de la mondialisation.
On pouvait soutenir cela dans le passé, parce que la contribution du continent aux échanges internationaux diminuait en valeur relative. Mais la tendance s'est inversée grâce à la revalorisation des matières premières et à la part grandissante qu'elles représentent dans les exportations. Le monde entier investit en Afrique dans les technologies de la communication. Derrière le téléphone mobile, on voit éclore toute une économie de services qui renforce la tendance à l'insertion du continent. En outre, malgré les apparences et les chiffres officiels qui oublient le secteur informel, les Africains ont un taux d'épargne de 10 % à 20 %, davantage que les pays développés, en partie parce que, faute de protection sociale, les gens doivent s'assurer contre les risques de la vie.Comment peut-on épargner quand on a moins de 2 dollars par jour ?
Il y a les taux d'épargne publiés par les comptes nationaux et la réalité. En visitant les campagnes, vous voyez l'épargne en nature constituée par le bétail. Sans parler de l'épargne de la diaspora dont l'impact économique est fondamental, comme on l'a vu en Chine. D'ailleurs, dans la zone franc, l'Afrique exporte plus de capitaux qu'elle n'en reçoit (Le Monde du 28 septembre). Cela paraît absurde, mais c'est la réalité. Historiquement, il n'y a pas d'exemple de zone qui se développe en finançant le reste du monde.Il est difficile de nier la pauvreté.
Evidemment, mais je mets l'accent sur la dynamique des choses pour intéresser davantage de gens à venir réduire la pauvreté. Le discours misérabiliste n'est ni pertinent ni utile. Bien sûr, si vous regardez les stocks, le nombre de gens mal nourris, ou d'enfants qui ne vont pas à l'école, vous pouvez baisser les bras. Mais si vous regardez les dynamiques, vous constatez que les choses changent.Les investissement chinois constituent-ils un danger ?
L'Afrique a un besoin vital de capitaux. Qu'ils soient chinois, indiens ou russes, ils sont les bienvenus ! Que les pays occidentaux mettent en garde les Africains sur le mode : "Vous n'allez tout de même pas laisser les Chinois exploiter vos richesses comme nous l'avons fait autrefois", c'est un discours très cynique. Comment défendre l'idée que le pétrole doit être réservé aux Occidentaux et pas aux Chinois ? Ce qui choque en Afrique, c'est l'utilisation de la main-d'oeuvre carcérale et l'absence de valeur ajoutée dans le pays. Mais les Occidentaux reprochent aux Chinois de ne pas conditionner leurs investissements à la bonne gouvernance. Comme si eux-mêmes n'avaient jamais soutenu que des pays honorables !
Les Africains dénoncent souvent la corruption. A quelle figure héroïque un jeune d'Afrique peut-il s'identifier ?
Ils ont le droit d'être révoltés par la corruption, non pas que l'Afrique en ait le monopole, mais parce que, sur ce continent plus que sur d'autres, la corruption a longtemps paralysé le développement. Les élites se sont donc liguées contre le développement et c'est insupportable. En Asie, l'argent de la corruption est réinvesti dans le pays, pas en Afrique. Cela dit, pour qu'il y ait corruption, il faut être deux. On devrait s'occuper des gens qui reçoivent, mais aussi de ceux qui donnent.Comme figure emblématique de l'honnêteté, beaucoup de jeunes Africains choisissent Nelson Mandela. Mais un autre symbole de lutte contre la corruption apparaît : Oussama Ben Laden. L'exigence de la lutte contre la corruption peut conduire à revendiquer plus de démocratie, mais aussi à nourrir la montée des extrémismes. C'est plus inquiétant.
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