Christophe de Ponfilly est mort
Je vous renvoie sur le blog de Pierre Assouline http://passouline.blog.lemonde.fr/livres/2006/05/pour_saluer_pon.html#comment-346519
Article du Nouvel Observateur
Christophe de Ponfilly
est décédé
Le journaliste Christophe de Ponfilly, spécialiste de l'Afghanistan et Lauréat du prix Albert-Londres, est décédé à l'âge de 55 ans.
![]() Christophe de Ponfilly (photo d'archive - 2002) |
Christophe de Ponfilly, écrivain et documentariste spécialiste de l'Afghanistan, qui avait contribué à la renommée du commandant Massoud, est décédé cette semaine à l'âge de 55 ans, a-t-on appris dimanche auprès de l'agence Interscoop dont il était l'un des fondateurs. Lauréat du prix Albert-Londres, il était l'auteur de nombreux ouvrages et documentaires sur l'Afghanistan et avait longuement côtoyé Ahmad Shah Massoud, l'un des chefs de la résistance afghane à l'occupation soviétique dans les années 80. Ce dernier a été assassiné dans son fief du Panchir par deux faux journalistes deux jours avant les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.
L'étoile du soldat
Christophe de Ponfilly mettait actuellement la dernière touche à "L'étoile du soldat", un film de fiction tourné dans le Panchir et qui relate le revirement d'un soldat russe, fait prisonnier par la résistance afghane et qui finit par épouser la cause de ceux qu'il est censé combattre. Il venait de publier au début du mois chez Albin Michel le roman de cette histoire inspirée d'un fait réel.
Parmi ses autres livres, il avait publié en 1998 un portrait intitulé "Massoud l'Afghan" (Arte Editions/Editions du félin).
Des projets inachevés
Lillanna Champenois, secrétaire générale de la rédaction de l'agence Interscoop que Christophe de Ponfilly avait fondé avec Frédéric Laffont en 1983, assure qu'il avait "beaucoup de projets". Il était père de quatre enfants. "Je pense qu'une caméra peut être une arme bien plus efficace qu'une kalachnikov", expliquait-il en mars dernier dans un échange avec des internautes sur le site d'information www.afghana.org. "Et j'ai trop horreur des armes et de ce qu'elles font subir aux hommes pour avoir la tentation de vouloir en saisir une", ajoutait-il en réponse à un interlocuteur qui lui demandait s'il n'avait pas eu la tentation de s'engager aux côtés de Massoud. AP
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http://www.afghana.org/html/article.php?sid=2113
Hommage : Ponfilly rejoint Massoud par Françoise Causse

Grand reporter, Prix Albert Londres, réalisateur, co-fondateur de l’agence de presse Interscoop et écrivain, Christophe de Ponfilly a été retrouvé mort, en forêt de Rambouillet, samedi 20 mai au matin. Selon des proches, la mort par suicide remonterait au mardi. Celui qui aura grandement participé à faire connaître Ahmad Shah Massoud aux Français a rejoint son ami, là où reposent les honnêtes gens.
A l’heure où, sur certains sites consacrés à l’Afghanistan, on voit resurgir des messages d’Afghans qui préfèrent oublier que, sans Massoud, leur pays serait encore sous le joug des taliban, celui qui avait participé à faire connaître Le Lion du Panshir a décidé de jeter l’éponge.
Ils allaient bon train ces derniers temps, les messages haineux à l’encontre de la seule personnalité politique afghane qui aurait été à même de mener son pays sur le chemin d’une vraie démocratie. Avec aplomb, leurs auteurs se livraient, par le biais des forums, à une danse macabre sur la dépouille d’un homme assassiné le 9 septembre 2001. Le reste de mauvaise conscience qu’ils éprouvaient à se ranger dans le camp des taliban plutôt que dans celui de la résistance se trouvait balayée en attribuant à Massoud des crimes dont il n’était pas l’auteur, des ambitions qui n’étaient pas les siennes, le réduisant à un chef de guerre comparable à Sayaff ou à Gulbuddin Hekmatyar, deux assassins, des vrais ceux-là, respectivement valet des services secrets de l’Arabie saoudite et du Pakistan. Massoud n’était le valet de personne, voilà qui était bien emmerdant !
Ceux qui crachaient sur Massoud s’empressaient d’y associer Ponfilly, sans jamais le nommer (quand on est lâche, on l’est jusqu’au bout). Ainsi pouvait-on lire récemment « Massoud était loin d'être le héros dont certains esprits bien-pensant nous décrivaient à longueur d'articles, de docus et de films… »
Ponfilly n’était pas un esprit bien-pensant, c’était un homme honnête. Un grand reporter qui avait mis l’humain au cœur de son métier, et qui n’hésitait pas à s’insurger quand des confrères préféraient répercuter la propagande initiée par les services secrets pakistanais et qui servait si bien les intérêts de la politique menée par le Quai d’Orsay, plutôt que de dire la réalité du terrain, la réalité tout court.
La correspondante du Monde en poste à Islamabad peut se réjouir aujourd’hui, elle ne recevra plus de courrier rageur de celui qui reçut le Prix Albert Londres. Elle qui répond toujours qu’elle n’a de leçon de journalisme à recevoir de personne mais qui s’est toujours trouvée, en bon serviteur de la République française, à « justifier » des politiques menées dans l’ombre avec des articles complaisants, pourra enfin le faire sans jamais plus être interpellée. La légion d’honneur qu’elle reçut le 14 juillet 2001, Ponfilly n’en aurait pas voulu. C’est sans doute ce qui différencie un journaliste libre et honnête d’un journaliste en service commandé.
Christophe, de simple confrère, était devenu un ami. En 1999, j’étais allée l’interviewer après la sortie de Massoud l’Afghan. « Etes-vous déjà allée en Afghanistan », m’avait-il demandé. « Jamais », lui avais-je confié. Et dès lors, il était devenu essentiel pour moi d’aller à la rencontre de cette résistance qui de toute apparence était admirable mais dont il me fallait vérifier la réalité tant tout cela semblait trop beau pour être vrai.
J’irai finalement au cours de l’été 2000 dans la vallée du Panshir. J’y rencontrerai Massoud tandis que les taliban venaient de lancer une offensive majeure. Et je dus bien admettre que le film de Christophe était fidèle en tous points à la personnalité du commandant du Front uni et de l’âme de ces Afghans du Panshir, résistant dans le plus grand dénuement, mais avec quelle dignité… et un humour à toute épreuve.
Il n’y avait rien à changer à « Massoud l’Afghan » pour être juste. C’est un film touché par l’état de grâce. Un film honnête sur d’honnêtes gens. Cela, les téléspectateurs français l’avaient compris. Et Massoud devint populaire en France, auprès des petites gens qui se passaient de la lecture du Monde, grand bien leur fasse, puisqu’ils étaient mieux informés ainsi – ce qui peut paraître paradoxal. Massoud était aimé des Français, mais la diplomatie française lui avait préféré les taliban, mis en place par le Pakistan, quatrième client en armement de la France.
Il fallait se battre, en France, à cette époque, pour diffuser des informations sur la résistance afghane quand le Quai d’Orsay, lui, faisait du lobbying sur la scène internationale et des pressions auprès des médias pour obtenir la reconnaissance officielle du régime obscurantiste de Kaboul.
Il était de bon ton alors, de ridiculiser les journalistes qui faisaient honnêtement leur boulot (voire quelques politiques, tels le général Morillon, Nicole Fontaine et Brice Lalonde), en les faisant passer pour des militants romantiques, béats et naïfs, et Christophe sera en première ligne.
Le 9 septembre 2001, celui dont la persévérance à vouloir faire de l’Afghanistan un pays souverain embarrassait plus d’une chancellerie, sera assassiné par deux faux journalistes tunisiens dont j’avais croisé la route et que j’avais filmés lors d’un déplacement en hélicoptère, ignorant alors quel sombre dessein était le leur.
Le 9 septembre 2001, le problème Massoud était résolu. La souveraineté de l’Afghanistan était reportée à une date ultérieure, le Pakistan et ses alliés y veilleraient.
Le 15 septembre, l’annonce officielle de la mort du héros de la résistance afghane ne laisse plus de place au doute. Ce jour-là, mon portable sonne, c’est Christophe. « Sa bonne étoile l’a quitté », me dira-t-il pudiquement. Puis, il saura trouver les mots pour m’ôter la culpabilité qui m’avait envahie de ne pas avoir mis à jour le plan des terroristes d’Al Qaeda et les conséquences néfastes que cela avait eu. Christophe était un confrère intègre et généreux, qui savait prendre le temps d’être là, en ami, quand c’était nécessaire.
« Ils ont un drapeau noir en berne sur l’espoir », disait Ferré à propos des anarchistes. Cette phrase, je me la répétais en pensant à cette foule anonyme et désoeuvrée qui reçut la nouvelle de l’assassinat de Massoud comme un coup porté à leur espoir infini.
Celui qu’ils avaient placé en Massoud. L’espoir de voir naître un jour une politique plus humaine, plus généreuse, quelque part sur un coin du globe, quand bien même celui-ci serait à des milliers de kilomètres de chez nous. Et ils furent nombreux à envoyer à Christophe des messages de condoléance, pour témoigner de leur chagrin.
Le maillage des militants, français et afghans, qui avaient soutenu le combat de Massoud se relâcha alors peu à peu.
Cependant, demeurait Christophe, ultime point de repère tangible. Témoin et donc mémoire incontestable d’une page d’histoire qui avait bien existé.
Aujourd’hui, nous voilà définitivement seuls. Les révisionnistes qui n’ont jamais abandonné le terrain de la désinformation ont désormais une autoroute devant eux.
Résonne encore sa voix, calme et inimitable, et cette interrogation glissée en commentaire d’un passage de Massoud l’Afghan : « Dans le tumulte d’images et de sons du monde moderne, tenir une caméra a-t-il encore un sens ? »
Cette quête de sens, qui l’a harcelé durant sa carrière, aura peut-être eu raison de lui.
Une chose est sûre, sans toi pour tenir la caméra, cela aura définitivement moins de sens.
Et nous sommes malheureux. Le sais-tu ?
Françoise Causse
Auteur de « Quand la France préférait les taliban – Massoud in memoriam », publié aux Editions de Paris – Max Chaleil.


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