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Dimanche 28 mai 2006

Christophe de Ponfilly est mort

 

Je vous renvoie sur le blog de Pierre Assouline http://passouline.blog.lemonde.fr/livres/2006/05/pour_saluer_pon.html#comment-346519

Article du Nouvel Observateur

Christophe de Ponfilly
est décédé

Le journaliste Christophe de Ponfilly, spécialiste de l'Afghanistan et Lauréat du prix Albert-Londres, est décédé à l'âge de 55 ans.

  Christophe de Ponfilly (photo d'archive - 2002)
Christophe de Ponfilly (photo d'archive - 2002)
 


Christophe de Ponfilly, écrivain et documentariste spécialiste de l'Afghanistan, qui avait contribué à la renommée du commandant Massoud, est décédé cette semaine à l'âge de 55 ans, a-t-on appris dimanche auprès de l'agence Interscoop dont il était l'un des fondateurs. Lauréat du prix Albert-Londres, il était l'auteur de nombreux ouvrages et documentaires sur l'Afghanistan et avait longuement côtoyé Ahmad Shah Massoud, l'un des chefs de la résistance afghane à l'occupation soviétique dans les années 80. Ce dernier a été assassiné dans son fief du Panchir par deux faux journalistes deux jours avant les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.

L'étoile du soldat

Christophe de Ponfilly mettait actuellement la dernière touche à "L'étoile du soldat", un film de fiction tourné dans le Panchir et qui relate le revirement d'un soldat russe, fait prisonnier par la résistance afghane et qui finit par épouser la cause de ceux qu'il est censé combattre. Il venait de publier au début du mois chez Albin Michel le roman de cette histoire inspirée d'un fait réel.

 


Parmi ses autres livres, il avait publié en 1998 un portrait intitulé "Massoud l'Afghan" (Arte Editions/Editions du félin).

Des projets inachevés

Lillanna Champenois, secrétaire générale de la rédaction de l'agence Interscoop que Christophe de Ponfilly avait fondé avec Frédéric Laffont en 1983, assure qu'il avait "beaucoup de projets". Il était père de quatre enfants. "Je pense qu'une caméra peut être une arme bien plus efficace qu'une kalachnikov", expliquait-il en mars dernier dans un échange avec des internautes sur le site d'information www.afghana.org. "Et j'ai trop horreur des armes et de ce qu'elles font subir aux hommes pour avoir la tentation de vouloir en saisir une", ajoutait-il en réponse à un interlocuteur qui lui demandait s'il n'avait pas eu la tentation de s'engager aux côtés de Massoud. AP

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http://www.afghana.org/html/article.php?sid=2113

Hommage : Ponfilly rejoint Massoud par Françoise CausseEditos, Analyses, Presse

Grand reporter, Prix Albert Londres, réalisateur, co-fondateur de l’agence de presse Interscoop et écrivain, Christophe de Ponfilly a été retrouvé mort, en forêt de Rambouillet, samedi 20 mai au matin. Selon des proches, la mort par suicide remonterait au mardi. Celui qui aura grandement participé à faire connaître Ahmad Shah Massoud aux Français a rejoint son ami, là où reposent les honnêtes gens.



A l’heure où, sur certains sites consacrés à l’Afghanistan, on voit resurgir des messages d’Afghans qui préfèrent oublier que, sans Massoud, leur pays serait encore sous le joug des taliban, celui qui avait participé à faire connaître Le Lion du Panshir a décidé de jeter l’éponge.




Ils allaient bon train ces derniers temps, les messages haineux à l’encontre de la seule personnalité politique afghane qui aurait été à même de mener son pays sur le chemin d’une vraie démocratie. Avec aplomb, leurs auteurs se livraient, par le biais des forums, à une danse macabre sur la dépouille d’un homme assassiné le 9 septembre 2001. Le reste de mauvaise conscience qu’ils éprouvaient à se ranger dans le camp des taliban plutôt que dans celui de la résistance se trouvait balayée en attribuant à Massoud des crimes dont il n’était pas l’auteur, des ambitions qui n’étaient pas les siennes, le réduisant à un chef de guerre comparable à Sayaff ou à Gulbuddin Hekmatyar, deux assassins, des vrais ceux-là, respectivement valet des services secrets de l’Arabie saoudite et du Pakistan. Massoud n’était le valet de personne, voilà qui était bien emmerdant !

Ceux qui crachaient sur Massoud s’empressaient d’y associer Ponfilly, sans jamais le nommer (quand on est lâche, on l’est jusqu’au bout). Ainsi pouvait-on lire récemment « Massoud était loin d'être le héros dont certains esprits bien-pensant nous décrivaient à longueur d'articles, de docus et de films… »

Ponfilly n’était pas un esprit bien-pensant, c’était un homme honnête. Un grand reporter qui avait mis l’humain au cœur de son métier, et qui n’hésitait pas à s’insurger quand des confrères préféraient répercuter la propagande initiée par les services secrets pakistanais et qui servait si bien les intérêts de la politique menée par le Quai d’Orsay, plutôt que de dire la réalité du terrain, la réalité tout court.

La correspondante du Monde en poste à Islamabad peut se réjouir aujourd’hui, elle ne recevra plus de courrier rageur de celui qui reçut le Prix Albert Londres. Elle qui répond toujours qu’elle n’a de leçon de journalisme à recevoir de personne mais qui s’est toujours trouvée, en bon serviteur de la République française, à « justifier » des politiques menées dans l’ombre avec des articles complaisants, pourra enfin le faire sans jamais plus être interpellée. La légion d’honneur qu’elle reçut le 14 juillet 2001, Ponfilly n’en aurait pas voulu. C’est sans doute ce qui différencie un journaliste libre et honnête d’un journaliste en service commandé.

Christophe, de simple confrère, était devenu un ami. En 1999, j’étais allée l’interviewer après la sortie de Massoud l’Afghan. « Etes-vous déjà allée en Afghanistan », m’avait-il demandé. « Jamais », lui avais-je confié. Et dès lors, il était devenu essentiel pour moi d’aller à la rencontre de cette résistance qui de toute apparence était admirable mais dont il me fallait vérifier la réalité tant tout cela semblait trop beau pour être vrai.

J’irai finalement au cours de l’été 2000 dans la vallée du Panshir. J’y rencontrerai Massoud tandis que les taliban venaient de lancer une offensive majeure. Et je dus bien admettre que le film de Christophe était fidèle en tous points à la personnalité du commandant du Front uni et de l’âme de ces Afghans du Panshir, résistant dans le plus grand dénuement, mais avec quelle dignité… et un humour à toute épreuve.
Il n’y avait rien à changer à « Massoud l’Afghan » pour être juste. C’est un film touché par l’état de grâce. Un film honnête sur d’honnêtes gens. Cela, les téléspectateurs français l’avaient compris. Et Massoud devint populaire en France, auprès des petites gens qui se passaient de la lecture du Monde, grand bien leur fasse, puisqu’ils étaient mieux informés ainsi – ce qui peut paraître paradoxal. Massoud était aimé des Français, mais la diplomatie française lui avait préféré les taliban, mis en place par le Pakistan, quatrième client en armement de la France.

Il fallait se battre, en France, à cette époque, pour diffuser des informations sur la résistance afghane quand le Quai d’Orsay, lui, faisait du lobbying sur la scène internationale et des pressions auprès des médias pour obtenir la reconnaissance officielle du régime obscurantiste de Kaboul.

Il était de bon ton alors, de ridiculiser les journalistes qui faisaient honnêtement leur boulot (voire quelques politiques, tels le général Morillon, Nicole Fontaine et Brice Lalonde), en les faisant passer pour des militants romantiques, béats et naïfs, et Christophe sera en première ligne.

Le 9 septembre 2001, celui dont la persévérance à vouloir faire de l’Afghanistan un pays souverain embarrassait plus d’une chancellerie, sera assassiné par deux faux journalistes tunisiens dont j’avais croisé la route et que j’avais filmés lors d’un déplacement en hélicoptère, ignorant alors quel sombre dessein était le leur.

Le 9 septembre 2001, le problème Massoud était résolu. La souveraineté de l’Afghanistan était reportée à une date ultérieure, le Pakistan et ses alliés y veilleraient.

Le 15 septembre, l’annonce officielle de la mort du héros de la résistance afghane ne laisse plus de place au doute. Ce jour-là, mon portable sonne, c’est Christophe. « Sa bonne étoile l’a quitté », me dira-t-il pudiquement. Puis, il saura trouver les mots pour m’ôter la culpabilité qui m’avait envahie de ne pas avoir mis à jour le plan des terroristes d’Al Qaeda et les conséquences néfastes que cela avait eu. Christophe était un confrère intègre et généreux, qui savait prendre le temps d’être là, en ami, quand c’était nécessaire.

« Ils ont un drapeau noir en berne sur l’espoir », disait Ferré à propos des anarchistes. Cette phrase, je me la répétais en pensant à cette foule anonyme et désoeuvrée qui reçut la nouvelle de l’assassinat de Massoud comme un coup porté à leur espoir infini.
Celui qu’ils avaient placé en Massoud. L’espoir de voir naître un jour une politique plus humaine, plus généreuse, quelque part sur un coin du globe, quand bien même celui-ci serait à des milliers de kilomètres de chez nous. Et ils furent nombreux à envoyer à Christophe des messages de condoléance, pour témoigner de leur chagrin.

Le maillage des militants, français et afghans, qui avaient soutenu le combat de Massoud se relâcha alors peu à peu.
Cependant, demeurait Christophe, ultime point de repère tangible. Témoin et donc mémoire incontestable d’une page d’histoire qui avait bien existé.
Aujourd’hui, nous voilà définitivement seuls. Les révisionnistes qui n’ont jamais abandonné le terrain de la désinformation ont désormais une autoroute devant eux.

Résonne encore sa voix, calme et inimitable, et cette interrogation glissée en commentaire d’un passage de Massoud l’Afghan : « Dans le tumulte d’images et de sons du monde moderne, tenir une caméra a-t-il encore un sens ? »

Cette quête de sens, qui l’a harcelé durant sa carrière, aura peut-être eu raison de lui.
Une chose est sûre, sans toi pour tenir la caméra, cela aura définitivement moins de sens.
Et nous sommes malheureux. Le sais-tu ?


Françoise Causse


Auteur de « Quand la France préférait les taliban – Massoud in memoriam », publié aux Editions de Paris – Max Chaleil.




Par frambois'acide
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Dimanche 20 août 2006
David Grossman

Auteur d'une douzaine de romans traduits dans le monde entier, David Grossman est l'une des figures les plus marquantes de la littérature israélienne.

Né à Jérusalem en 1954, il s'est rendu célèbre avec sa première oeuvre, Le Vent jaune, dans laquelle il décrivait les souffrances imposées par l'occupation militaire israélienne aux Palestiniens.

Quelques jours avant la mort de son fils, il avait lancé, avec les écrivains Amos Oz et A. B. Yehoshua, d'abord dans une tribune publiée par Haaretz, puis lors d'une conférence de presse, un appel au gouvernement israélien pour qu'il mette fin aux opérations militaires au Liban. Les trois hommes de lettres, considérés comme proches du "camp de la paix", avaient soutenu la riposte à l'attaque du Hezbollah, mais estimaient inutile l'extension de l'offensive décidée le 9 août.

Principaux ouvrages de David Grossman en français (tous publiés au Seuil) : J'écoute mon corps (2005) ; L'Enfant zigzag (2004) ; Quelqu'un avec qui courir (2003) ; Chroniques d'une paix différée (avec Jean-Luc Allouche, 2003) ; Tu seras mon couteau (2000) ; Voir ci-dessous amour (1991) ; Le Vent jaune (1988).


"Notre famille a perdu la guerre"
LE MONDE | 19.08.06 | 14h17  •  Mis à jour le 19.08.06 | 14h29


on cher Uri,

 

Voilà trois jours que presque chacune de nos pensées commence par une négation. Il ne viendra plus, nous ne parlerons plus, nous ne rirons plus. Il ne sera plus là, ce garçon au regard ironique et à l'extraordinaire sens de l'humour. Il ne sera plus là, le jeune homme à la sagesse bien plus profonde qu'elle ne l'est à cet âge, au sourire chaleureux, à l'appétit plein de santé. Elle ne sera plus, cette rare combinaison de détermination et de délicatesse. Absents désormais, son bon sens et son bon coeur.

Nous n'aurons plus l'infinie tendresse d'Uri, et la tranquillité avec laquelle il apaisait toutes les tempêtes. Nous ne regarderons plus ensemble les Simpson ou Seinfeld, nous n'écouterons plus avec toi Johnny Cash et nous ne sentirons plus ton étreinte forte. Nous ne te verrons plus marcher et parler avec ton frère aîné Yonatan en gesticulant avec fougue, et nous ne te verrons plus embrasser ta petite soeur Ruti que tu aimais tant.

Uri, mon amour, pendant toute ta brève existence, nous avons tous appris de toi. De ta force et de ta détermination à suivre ta voie, même sans possibilité de réussite. Nous avons suivi, stupéfaits, ta lutte pour être admis à la formation des chefs de char. Tu n'as pas cédé à l'avis de tes supérieurs, car tu savais pouvoir faire un bon chef et tu n'étais pas disposé à donner moins que ce dont tu étais capable. Et quand tu y es arrivé, j'ai pensé : voilà un garçon qui connaît de manière si simple et si lucide ses possibilités. Sans prétention, sans arrogance. Qui ne se laisse pas influencer par ce que les autres disent de lui. Qui trouve la force en lui-même.

Depuis ton enfance, tu étais déjà comme ça. Tu vivais en harmonie avec toi-même et avec ceux qui t'entouraient. Tu savais quelle était ta place, tu étais conscient d'être aimé, tu connaissais tes limites et tes vertus. Et en vérité, après avoir fait plier toute l'armée et avoir été nommé chef de char, il est apparu clairement quel type de chef et d'homme tu étais. Et aujourd'hui, nous écoutons tes amis et tes soldats parler du chef et de l'ami, celui qui se levait le premier pour tout organiser et qui n'allait se coucher que quand les autres dormaient déjà.

Et hier, à minuit, j'ai contemplé la maison, qui était plutôt en désordre après que des centaines de personnes étaient venues nous rendre visite pour nous consoler, et j'ai dit : il faudrait qu'Uri soit là pour nous aider à ranger.

Tu étais le gauchiste de ton bataillon, mais tu étais respecté, parce que tu restais sur tes positions sans renoncer à aucun de tes devoirs militaires. Je me souviens que tu m'avais expliqué ta "politique des barrages militaires", parce que toi aussi, tu y avais passé pas mal de temps, sur ces barrages. Tu disais que s'il y avait un enfant dans la voiture que tu venais d'arrêter, tu cherchais avant tout à le tranquilliser et à le faire rire. Et tu te rappelais ce garçonnet plus ou moins de l'âge de Ruti, et la peur que tu lui faisais, et combien il te détestait, avec raison. Pourtant tu faisais ton possible pour lui rendre plus facile ce moment terrible, tout en accomplissant ton devoir, sans compromis.

Quand tu es parti pour le Liban, ta mère a dit que la chose qu'elle redoutait le plus c'était ton "syndrome d'Elifelet". Nous avions très peur que, comme l'Elifelet de la chanson, tu te précipites au milieu de la mitraille pour sauver un blessé, que tu sois le premier à te porter volontaire pour le réapprovisionnement-des-munitions-épuisées-depuis-longtemps. Et que là-haut, au Liban, dans cette guerre si dure, tu ne te comportes comme tu l'avais fait toute ta vie, à la maison, à l'école et au service militaire, proposant de renoncer à une permission parce qu'un autre soldat en avait plus besoin que toi, ou parce que tel autre avait chez lui une situation plus difficile.

Tu étais pour moi un fils et un ami. Et c'était la même chose pour ta maman. Notre âme est liée à la tienne. Tu vivais en paix avec toi-même, tu étais de ces personnes auprès de qui il fait bon être. Je ne suis même pas capable de dire à haute voix à quel point tu étais pour moi "quelqu'un avec qui courir" (titre d'un des derniers romans de ).

Chaque fois que tu rentrais en permission, tu disais : viens, papa, qu'on parle. Habituellement, nous allions nous asseoir et discuter dans un restaurant. Tu me racontais tellement de choses, Uri, et j'étais fier d'avoir l'honneur d'être ton confident, que quelqu'un comme toi m'ait choisi.

Je me souviens de ton incertitude, une fois, à l'idée de punir un soldat qui avait enfreint la discipline. Combien tu as souffert parce que cette décision allait mettre en rage ceux qui étaient sous tes ordres et les autres chefs, bien plus indulgents que toi devant certaines infractions. Punir ce soldat t'a effectivement coûté beaucoup du point de vue des rapports humains, mais cet épisode précis s'est ensuite transformé en l'une des histoires cardinales de l'ensemble du bataillon, établissant certaines normes de comportement et de respect des règles. Et lors de ta dernière permission, tu m'as raconté, avec une fierté timide, que le commandant du bataillon, pendant une conversation avec quelques officiers nouvellement arrivés, avait cité ta décision en exemple de comportement juste de la part d'un chef.

Tu as illuminé notre vie, Uri. Ta mère et moi, nous t'avons élevé avec amour. C'était si facile de t'aimer de tout notre coeur, et je sais que toi aussi tu étais bien. Que ta courte vie a été belle. J'espère avoir été un père digne d'un fils tel que toi. Mais je sais qu'être le fils de Michal l'épouse de veut dire grandir avec une générosité, une grâce et un amour infini, et tu as reçu tout cela. Tu l'as reçu en abondance et tu as su l'apprécier, tu as su remercier, et rien de ce que tu as reçu n'était un dû à tes yeux.

En ces moments, je ne dirai rien de la guerre dans laquelle tu as été tué. Nous, notre famille, nous l'avons déjà perdue. Israël, à présent, va faire son examen de conscience, et nous nous renfermerons dans notre douleur, entourés de nos bons amis, abrités par l'amour immense de tant de gens que pour la plupart nous ne connaissons pas, et que je remercie pour leur soutien illimité.

Je voudrais tant que nous sachions nous donner les uns aux autres cet amour et cette solidarité à d'autres moments aussi. Telle est peut-être notre ressource nationale la plus particulière. C'est là notre grande richesse naturelle. Je voudrais tant que nous puissions nous montrer plus sensibles les uns envers les autres. Que nous puissions nous délivrer de la violence et de l'inimitié qui se sont infiltrées si profondément dans tous les aspects de nos vies. Que nous sachions nous raviser et nous sauver maintenant, juste au dernier moment, car des temps très durs nous attendent.

Je voudrais dire encore quelques mots. Uri était un garçon très israélien. Son nom même est très israélien et hébreu. Uri était un condensé de l'israélianité telle que j'aimerais la voir. Celle qui est désormais presque oubliée. Qui est souvent considérée comme une sorte de curiosité.

Parfois, en le regardant, je pensais que c'était un jeune homme un peu anachronique. Lui, Yonatan et Ruti. Des enfants des années 1950. Uri, avec son honnêteté totale et sa façon d'assumer la responsabilité de tout ce qui se passait autour de lui. Uri, toujours "en première ligne", sur qui on pouvait compter. Uri avec sa profonde sensibilité envers toutes les souffrances, tous les torts. Et capable de compassion. Ce mot me faisait penser à lui chaque fois qu'il me venait à l'esprit.

C'était un garçon qui avait des valeurs, terme tant galvaudé et tourné en dérision ces dernières années. Car dans notre monde dément, cruel et cynique, il n'est pas "cool" d'avoir des valeurs. Ou d'être humaniste. Ou sensible à la détresse d'autrui, même si autrui est ton ennemi sur le champ de bataille.

Mais j'ai appris d'Uri que l'on peut et l'on doit être tout cela à la fois. Que nous devons certes nous défendre. Mais ceci dans les deux sens : défendre nos vies, mais aussi s'obstiner à protéger notre âme, s'obstiner à la préserver de la tentation de la force et des pensées simplistes, de la défiguration du cynisme, de la contamination du coeur et du mépris de l'individu qui sont la vraie, grande malédiction de ceux qui vivent dans une zone de tragédie comme la nôtre.

Uri avait simplement le courage d'être lui-même, toujours, quelle que soit la situation, de trouver sa voix précise en tout ce qu'il disait et faisait, et c'est ce qui le protégeait de la contamination, de la défiguration et de la dégradation de l'âme.

Uri était aussi un garçon amusant, d'une drôlerie et d'une sagacité incroyables, et il est impossible de parler de lui sans raconter certaines de ses "trouvailles". Par exemple, quand il avait 13 ans, je lui dis : imagine que toi et tes enfants puissiez un jour aller dans l'espace comme aujourd'hui nous allons en Europe. Il me répondit en souriant : "L'espace ne m'attire pas tellement, on trouve tout sur la Terre."

Une autre fois, en voiture, Michal et moi parlions d'un nouveau livre qui avait suscité un grand intérêt et nous citions des écrivains et des critiques. Uri, qui devait avoir neuf ans, nous interpella de la banquette arrière : "Eh les élitistes, je vous prie de noter que vous avez derrière vous un simplet qui ne comprend rien à ce que vous dites !"

Ou par exemple, Uri qui aimait beaucoup les figues, tenant une figue sèche à la main : "Dis papa, les figues sèches c'est celles qui ont commis un péché dans leur vie antérieure ?"

Ou encore, une fois que j'hésitais à accepter une invitation au Japon : "Comment pourrais-tu refuser ? Tu sais ce que ça veut dire d'habiter le seul pays où il n'y a pas de touristes japonais ?"

Chers amis, dans la nuit de samedi à dimanche à trois heures moins vingt, on a sonné à notre porte et dans l'interphone et un officier s'est annoncé. Je suis allé ouvrir et j'ai pensé ça y est : la vie est finie.

Mais cinq heures après, quand Michal et moi sommes rentrés dans la chambre de Ruti et l'avons réveillée pour lui donner la terrible nouvelle, Ruti, après les premières larmes, a dit : "Mais nous vivrons n'est-ce pas ? Nous vivrons et nous nous promènerons comme avant. Je veux continuer à chanter dans la chorale, à rire comme toujours, à apprendre à jouer de la guitare." Nous l'avons étreinte et nous lui avons dit que nous allions vivre et Ruti a dit aussi : "Quel trio extraordinaire nous étions Yonatan, Uri et moi."

Et c'est vrai que vous êtes extraordinaires. Yonatan, toi et Uri vous n'étiez pas seulement frères, mais amis de coeur et d'âme. Vous aviez un monde à vous, un langage à vous et un humour à vous. Ruti, Uri t'aimait de toute son âme. Avec quelle tendresse il s'adressait à toi. Je me rappelle son dernier coup de téléphone, après avoir exprimé son bonheur qu'un cessez-le-feu ait été proclamé par l'ONU, il a insisté pour te parler. Et tu as pleuré, après. Comme si tu savais déjà.

Notre vie n'est pas finie. Nous avons seulement subi un coup très dur. Nous trouverons la force pour le supporter, en nous-mêmes, dans le fait d'être ensemble, moi, Michal et nos enfants et aussi le grand-père et les grands-mères qui aimaient Uri de tout leur coeur - ils l'appelaient Neshumeh (ma petite âme) - et les oncles, tantes et cousins, et ses nombreux amis de l'école et de l'armée qui nous suivent avec appréhension et affection.

Et nous trouverons la force aussi dans Uri. Il possédait des forces qui nous suffiront pour de nombreuses années. La lumière qu'il projetait - de vie, de vigueur, d'innocence et d'amour - était si intense qu'elle continuera à nous éclairer même après que l'astre qui la produisait s'est éteint. Notre amour, nous avons eu le grand privilège d'être avec toi, merci pour chaque moment où tu as été avec nous.

Papa, maman, Yonatan et Ruti.

© David Grossman




Article paru dans l'édition du 20.08.06
Par frambois'acide
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Samedi 7 avril 2007

Voici la campagne du CRAN  http://www.lecran.org en vue de ses états généraux qui se tiennent ce week-end à la mutualité. Cette réunion a pour but d'interpeller les candidats à la présidentielle. C'est très décapant et plein d'humour

 

Les candidats ont une couleur : le noir

 

Par frambois'acide
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Lundi 25 juin 2007
La petite rubrique d'Hervé Le Tellier dans l'édition Abonnés du Monde. Très drôle.



Papier de verre

Hervé Le Tellier
Ségolène Royal a préféré une grotte néolithique au conseil national. Elle ne peut plus voir les éléphants en peinture, mais les mammouths, cela va encore.
Par frambois'acide
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Mercredi 7 novembre 2007
J'ai entendu l'info sur  France Info mais le MEDEF aurait une autre source de  revenu en dehors du "Secret de famille"

http://rue89.com/2007/11/07/medecine-du-travail-lautre-caisse-noire-du-medef



Ps Un spécialiste du budget de l'Elysée estime l'augmentation de Sarkozy à  200 % (Qui dit mieux ? )
Par frambois'acide
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Lundi 12 mai 2008
Par frambois'acide
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Lundi 12 mai 2008
Par frambois'acide
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Mercredi 9 juillet 2008



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Un petit air d'ORTF
envoyé par lemondefr


Foule sentimentale / Alain Souchon


Lettres de Jeanne Moreau



Par frambois'acide
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