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Jeudi 16 novembre 2006

Communiqué LDH

15 novembre 2006 - Liberté d'expression - Pas de contrôle religieux sur la liberté de création : le délit de blasphème n’existe pas

C’est ce que vient de rappeler la Cour de cassation en cassant l’arrêt de la Cour d’appel de Paris qui avait, le 8 avril 2005, condamné Marithé et François Girbaud pour une publicité inspirée de la « Cène » de Léonard de Vinci.


La Ligue des droits de l’Homme, qui était intervenue devant la Cour pour contredire la demande rétrograde des évêques de France, s’était vue condamnée à leur payer des dommages et intérêts, un comble s’agissant d’une telle question de principe.


La Cour de cassation vient de tenir, dans son arrêt du 14 novembre, son rôle de gardien des libertés fondamentales et des valeurs essentielles, et rappelle aux évêques, qui contestaient à la Ligue des droits de l’Homme qu’elle pût agir en défense des droits de l’Homme, que tel est bien son rôle !


En disant clairement que l’affiche litigieuse est une parodie de forme de la représentation de la « Cène », la Cour de cassation rappelle un principe essentiel de la liberté de création. En disant que cette représentation n’avait pas pour objectif d’outrager les fidèles de la foi catholique, la haute juridiction rappelle que l’iconoclasme n’est pas un délit, et que l’injure prévue par la loi sur la presse vise les discriminations des personnes à raison de leur religion, et non la libre discussion sur le contenu des croyances.

 

Paris, le 15 novembre 2006

Par frambois'acide
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Samedi 18 novembre 2006

 

 
Bernard Stiegler : comment "réinventer la puissance publique"
LE MONDE DES LIVRES | 09.11.06 | 11h44


epuis le traumatisme du 21 avril 2002 et l'affaire Richard Durn, l'homme qui assassina huit membres du conseil municipal de Nanterre, le 26 mars 2002, en exprimant son souhait de "faire le mal pour, au moins une fois dans (sa) vie, avoir le sentiment d'exister", le philosophe Bernard Stiegler ne cesse de scruter la misère symbolique d'une France en souffrance, composée "d'individus désaffectés" qui ne savent plus articuler l'individuel au collectif. Cette prise de conscience de la destruction du "narcissisme primordial" des individus (cette part d'amour de soi indispensable au fonctionnement du psychisme) qui résulte de la "canalisation de la libido des consommateurs par les objets de consommation" a conduit le directeur du développement culturel du Centre Georges-Pompidou à s'inviter dans la campagne électorale à travers une "lettre ouverte aux représentants politiques".

 
Car au-delà de la fabrique médiatique et de l'irrésistible vague de la "peopolitique", le pouvoir d'attraction de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy réside, dit-il, dans leur capacité à parler aux désirs : d'avenir, d'identité ou de sécurité. Lien affectif qui dépasse les pulsions de chacun, le désir est même "la condition de la vie politique", explique Stiegler, parce qu'il permet "la transformation d'une énergie égoïste en énergie sociale". Or ce désir serait en voie de destruction massive par le "populisme industriel" qui nous inflige "tous ces désirs qui nous affligent", comme dit la chanson d'Alain Souchon.

Contraints "de s'adapter aux rythmes saccadés des émissions de télévision, et de produire des slogans plutôt que des idées", Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ne parlent aux désirs qu'à travers les pulsions. De la même façon que l'emprise des marques s'immisce dans la fragile socialisation des adolescents, la "télécratie" transforme les citoyens en consommateurs. Ainsi manipulé par "la domination des médias audiovisuels sur la vie publique", le désir de participer à la vie de la cité est-il à son tour récupéré, notamment par Désirs d'avenir, le blog de Ségolène Royal qui, assure l'auteur, extraits à l'appui, ne produit qu'une "illusion de participation".

La véritable "rupture" consisterait à "changer le monde" et à le "réenchanter", poursuit-il, en prenant au mot Laurence Parisot, la présidente du Medef qui avait intitulé l'université d'été 2005 des chefs d'entreprise "Le Réenchantement du monde", et à qui il dédie à la fois sérieusement et ironiquement un ouvrage coécrit avec l'association Ars Industrialis. Car il s'agit pour Bernard Stiegler de sauver le capitalisme de ses penchants populistes par l'invention d'un "european way of life" et "l'instauration d'un nouveau modèle industriel". Education ("le premier enjeu du scrutin"), entreprise, médias (sur lesquels les deux candidats ne disent "pas un mot" puisqu'ils y sont comme des poissons dans l'eau), l'auteur invite les citoyens à "réinventer la puissance publique", notamment par la mobilisation de l'assemblée des amateurs ("l'amatorat") que fait émerger la technologie numérique. Dans cet essai foisonnant, Bernard Stiegler en appelle à une "politique industrielle des technologies de l'esprit" pour contrecarrer la transformation des consciences en cerveaux disponibles qui touche une France dont les désirs d'avenir sont aujourd'hui court-circuités par le règne de la "télécratie".


 

LA TÉLÉCRATIE CONTRE LA DÉMOCRATIE de Bernard Stiegler. Flammarion, 270 p., 18 €.

RÉENCHANTER LE MONDE. La valeur esprit contre le populisme industriel de Bernard Stiegler et Ars industrialis. Flammarion, 174 p., 12 €.

 

Par frambois'acide
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Jeudi 23 novembre 2006

Le film diffusé  ce soir dans l'émission "Envoyé spécial" consacré au tournage du film de fiction de Christophe de Ponfilly , L'étoile du soldat" était admirable . Christophe de Ponfilly était un vrai journaliste qui ne cherchait pas à se mettre en avant et qui nous a permis de découvrir l'Afghanistan et le commandant Massoud et son combat. Il était profondément humain et fidèle dans ses amitiés.

http://www.dailymotion.com/visited/search/ponfilly/video/xoz11_massoud-et-christophe-1ere-partie

 

Sylvie

 

Critique du film de Christophe de Ponfilly dans Libération

Ponfilly, fiction posthume
«L'Etoile du soldat», film de guerre intimiste du documentariste disparu.
Par Anne DIATKINE
 
 
L'Etoile du soldat de Christophe de Ponfilly, avec Sacha Bourdo, Patrick Chauvel. 1 h 45.
     
 
Il y a la voix qui porte le film. Une voix off, que l'on ne reconnaît pas, abrupte, saccadée, peu régulière, insouciante du «bien dire». On l'associe immédiatement à tort à celle du cinéaste Christophe de Ponfilly, qui s'est tué le 16 mai. C'est celle de Philippe Caubère. Il y a la première image de l'Etoile du soldat : un homme avec un carnet, en haut d'une montagne afghane, qui apprend, en même temps que des milliards d'autres, les attentats du 11 Septembre. C'est un reporter, Vergos, journaliste français, jamais très loin de l'Afghanistan depuis près de vingt ans (le photographe Patrick Chauvel). Comme Ponfilly, qui signe là sa première oeuvre de fiction, avec laquelle, même absent, il fait corps.
On a peu l'habitude de voir des films de guerre aussi intimistes. Peu l'habitude aussi que le cinéma choisisse cette guerre, l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS. Justement, nous voilà à Moscou, en 1984. Un jeune homme, Nikolaï (Sacha Bourdo), qui rêve d'être chanteur d'un groupe rock est enrôlé. Le voilà projeté dans un périple qui ne porte pas le nom de guerre, et où il s'agit de «libérer», contre son gré, un peuple de lui-même. De lui «injecter le poison de la guerre civile» dit la voix off. Filmer cette guerre de l'intérieur, c'est filmer le désoeuvrement des soldats, leurs jeux, leurs lents déplacements sur la rocaille des montagnes, et le calme, l'ennui, le froid, le doute, sans être jamais ennuyeux..
Ponfilly connaissait à la perfection ce qu'il filme. Ce qui lui évite l'artifice du pédagogique. Si son film est limpide et si juste, c'est que acteurs amateurs comme acteurs russes professionnels, lui ont fait confiance. Ou comment la pratique du documentaire conduit à réaliser une «vraie» fiction.

Par frambois'acide
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Samedi 26 mai 2007

Je ne vous ai jamais parlé de l'émission de Frédéric Taddéi "Ce soir ou jamais" qui a souvent des thèmes très interessants avec des invités prestigieux (sociologues, historiens, scientifiques, cinéastes, écrivains...) :

C'est tard le soir mais on peut les revoir sur Internet.

Voici celle du 16 mai 2007 : http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/article.php?id_article=241&id_rubrique=104






La gauche en crise

Invités : Alain de Benoist, Edwy Plenel, Daniel Linderberg, Thierry Wolton, Philippe Corcuff, Charles Ficat et Jean Monod

Alain de Benoist, écrivain
Écrivain, essayiste, journaliste et philosophe, Alain de Benoist est le fondateur du GRECE, groupement de recherche et d’étude pour la civilisation européenne, baptisé « nouvelle droite » par les médias. Né le 11 décembre 1943, il fait ses classes en tant que journaliste politique pour la revue « Lectures françaises » et en 1961 adhère à la Fédération des étudiants nationalistes. En 1962, il prend en charge le secrétariat des Cahiers Universitaires, revue de la FEN, dans laquelle il publie ses premiers papiers philosophiques. Il intègre également le groupe Europe Action. Alain de Benoist ne cache pas son passé de militant d’extrême droite, mais se défend de toutes affinités avec le racisme ou le totalitarisme dont on l’accuse cependant.
En 1977, son roman « Vu de Droite, anthologie critique des idées contemporaines », dans lequel il exprime sa volonté de dépasser le clivage gauche-droite reçoit le prix de l’Académie Française. Il est l’auteur, entre autres de « Europe, Tiers Monde, même combat » publié en 1986, et « Critiques théoriques, l’âge d’homme » publié en 2003.Son dernier livre « Nous et les autres, problématique de l’identité » est sorti en 2006 aux éditions KRISIS.

Edwy Plenel, journaliste
Né le 31 août 1952, Edwy Plenel intègre la LCR en 1974 sous le pseudonyme « Joseph Krasny ». En 1976, il devient journaliste pour le quotidien de la ligue « Rouge ».
En 1979, il dirige « Barricades », mensuel des jeunesses communistes. Il quittera la ligue à son entrée au Monde en 1980. Il devient directeur de la Rédaction en 1996 et démissionnera en 2004. En 2006, son livre « Procès » revient sur son départ et sur le procès des écoutes téléphoniques.Son dernier livre, « Chroniques marranes » est sorti en avril 2007 chez Stock.

Daniel Linderberg, historien
Historien des idées, professeur à Paris VIII, conseiller à la direction de la revue « Esprit », Daniel Lindenberg est l’auteur, entre autres, de « Le Marxisme introuvable », « Les années souterraines (1937-1947) » publié chez La Découverte en 1990 et « Figures d’Israël », publié chez Hachette en 1997. Son dernier livre « Le Rappel à l’ordre : enquête sur les nouveaux réactionnaires » est sorti aux éditions du Seuil en 2002.

Thierry Wolton, philosophe et écrivain
Thierry Wolton, alias Léon Fourneau, est l’auteur de grandes enquêtes parues chez Grasset (« Le KGB en France », « La France sous influence ») et de nombreux essais (« L’Histoire interdite », « Brève psychanalyse de la France »).
Son dernier livre, « Le grand bluff chinois : comment Pékin nous vend sa révolution capitaliste » est sorti en 2007 aux éditions Robert Laffont.

Philippe Corcuff, sociologue et écrivain
Né le 15 avril 1960 à Oran, Philippe Corcuff est un intellectuel français, spécialisé en sociologie et en philosophie politique. Il a travaillé avec Luc Boltanski et Laurent Thévenot au sein du groupe de Sociologie Politique et Morale de 1985 à 2003, année à laquelle il devient membre du Centre de Recherche sur les liens sociaux. Il est Maître de Conférence en sciences politiques à L’IEP de Lyon depuis octobre 1992 où il enseigne la sociologie et la philosophie politique. Il est l’un des fondateurs de l’Université Populaire de Lyon, créée en janvier 2005. Alter mondialiste, il est membre du Conseil scientifique d’ATTAC depuis 2002. De 2000 à 2004, il collabore à Charlie Hebdo. Son dernier ouvrage, « Politique de l’individualisme : entre sociologie et philosophie » est sorti en 2005 aux éditions Textuel.

Charles Ficat, écrivain
Né à Paris en 1972, Charles Ficat est l’auteur, entre autres, de « Stations : une éducation intellectuelle » publié en 2002, « Les carnets de Clément », publié en 2003, et « La colère d’Achille » publié en 2006 chez Bartillat.

Jean Monod, anthropologue
Né en 1941, Jean Monod étudie l’ethnologie à la Sorbonne. En 1945, il devient ethnologue sous la direction de Lévi-Strauss, puis il travaille avec Robert Jaulin à partir de 1970. Il démissionne de l’université en 1979 pour se consacrer à la poésie. En 1985, il crée la revue AIOU Poésie Image. Il est l’auteur de plusieurs livres chez 10/18 et Christian Bourgoin dont « Les Barjots » écrit en 1968.





Par frambois'acide
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Jeudi 11 octobre 2007
A écouter sur  le site de La bas si j'y suis, l'émission du 11 octobre :


http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=852


Comment à travers la langue on nous fait  "passer" des choses q'on désapprouvait quelques temps auparavant et comment le vocabulaire est manipulé pour ne plus appeler un chat un chat mais donné des noms neutres.....


Par frambois'acide
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Mardi 19 février 2008
Les organisations et personnalités signataires rappellent solennellement que, selon l’article 1er de la Constitution, la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Ces quatre termes indissociables définissent des principes qui s’imposent à tous, au premier rang desquels le Président de la République. Or, les déclarations récentes de Monsieur Sarkozy, mêlant ses convictions personnelles et sa fonction présidentielle, portent atteinte à la laïcité de la République.
La mise en cause de ce principe constitutionnel indispensable à la paix civile est inacceptable. Depuis 1905, grâce à la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat, la République assure à chaque citoyen la liberté de conscience, garantit sa liberté de croire ou de ne pas croire et de pratiquer le culte de son choix, de n’en pratiquer aucun ou de pouvoir en changer. Elle permet ainsi de vivre ensemble, dans le respect de chacun, quels que soient ses origines, ses choix philosophiques  ou ses convictions religieuses.
Dans notre République et notre société multiculturelle, la diversité doit être richesse et non source de conflit. Pour cela, la laïcité, assurant l’égalité en droit des citoyens dans le respect des lois de la République, permet à la fois l’expression du pluralisme des convictions et la recherche de valeurs communes pour construire une communauté de destin.
Dans un monde aujourd’hui global et de plus en plus complexe, où se multiplient les voies d’accès à l’information et aux connaissances, et où explose la médiatisation  des événements et de la pluralité des représentations du monde, seule la laïcité permet l’émancipation de tous en favorisant le libre accès au savoir et à la culture et le discernement de chacun pour un libre choix de vie, par une démarche rationnelle et critique faisant toute  leur  place au doute, à l’imagination et à la créativité.
C’est pourquoi, les organisations et personnalités signataires s’opposeront à toute tentative qui mettrait, de fait, en cause la laïcité par une modification du contenu de la loi de 1905. A l’heure où nos concitoyens éprouvent des difficultés et des inquiétudes croissantes, elles les appellent à promouvoir la laïcité comme une exigence partagée avec la ferme volonté de bâtir ensemble une société où la justice sociale assurera, quotidiennement, pour toutes et pour tous, la liberté, l’égalité et la fraternité. 

Signer la pétition

Par frambois'acide
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Dimanche 2 novembre 2008


Pour l'auteur d'«Après la démocratie», la France ne peut sortir de la crise qu'en inventant un nouveau modèle économique avec ses partenaires européens.
Par Emmanuel Todd

 Le Nouvel Observateur
. - Avec la crise actuelle, assiste-t-on à un tournant politique de Nicolas Sarkozy ?

 Emmanuel Todd. - Pas du tout. On voit dans sa gestion de la crise actuelle ses traits psychologiques habituels, hy- peractivité et incohérence de la pensée. Mais il ne fait rien d'autre que ce qu'aurait fait Jacques Chirac ou un président socialiste. Il s'obstine à ne voir qu'un dérèglement financier dans la crise alors qu'elle a sa cause dans l'économie réelle. Le libre-échange exerce une pression mondiale sur les salaires, qui aboutit à la contraction de la demande et produit un état d'insécurité sociale, un sentiment permanent de rétrécissement de la vie : diminution du nombre des fonctionnaires, des professeurs, des emplois... Et puis sauver les banques, distribuer de l'argent aux riches, c est la pente naturelle du sarkozysme. Dans mon livre consacré à la crise de la démocratie, j'envisage trois options possibles pour une classe politique à bout de souffle. La première déboucherait sur une ethnicisation : exclusion renforcée, désignation de boucs émissaires (immigrés, enfants d'immigrés, musulmans, Noirs... au choix ou en combinaison). Si une classe politique entière, à l'heure de la crise mondiale, considère comme prioritaire de s'indigner de ce que quelques gamins absurdes et éco nomiquement maltraités sifflent l'équipe de France, nous pouvons nous inquiéter. Cette passion pour le football et l'islam, à l'heure des délocalisations et de la baisse du niveau de vie, démontre que la question de l'ethnicisation reste posée. Même si la réussite d'une telle politique me paraît peu vraisemblable. La deuxième option verrait la remise en question du suffrage universel. Celui-ci semble désormais produire de l'incertitude plutôt que des choix rationnels. A force de manipuler l'opinion en ne lui proposant aucun projet économique véritable, on finira par provoquer des taux d'abstention très élevés, des violences urbaines, des luttes de classes immatures qui seraient les prétextes à une reprise en main autoritaire de la société. La troisième option, celle d'un protectionnisme européen, est pour moi la dernière chance de notre démocratie. L'accélération de la crise économique nous rapproche de ce choix fatidique.
N. O. - Quels sont les maux qui rongent la société française et notre démocratie ?

E. Todd
. - J'ai accepté l'idée que l'élection de Nicolas Sarkozy, personnage violent, vulgaire et vide, n'était pas une aberration. Il n'est pas parvenu au sommet de l'Etat malgré ses déficiences intellectuelles et morales, mais grâce à elles !
Sarkozy est le révélateur de maux qui rongent une société française menacée de tourner mal, dans le sens de l'appauvrissement, de l'inégalité, de la violence. La France est frappée d'un vide idéologique et religieux, d'une incapacité à produire des projets collectifs, d'une obsession de l'argent, d'une stagnation éducative, d'une fragmentation sociale exacerbée par l'isolement d'une élite regardant de haut les classes inférieures de la population. Nous assistons aujourd'hui à une narcissisation des comportements, mal beaucoup plus profond que l'individualisme. Le comportement du président est aussi une clé de lecture du narcissisme et de l'exhibitionnisme, qui sont devenus une dimension de la vie sociale. L'adhésion des élites au libre-échange fait désormais souffrir la société dans son ensemble. Il y a dix ans, dans «l'Illusion économique», je décrivais une société verrouillée où seulement 20% de la population avait simultanément une éducation et des revenus supérieurs, et contrôlait 50% du revenu national. Aujourd'hui, c'est 1% seulement de la population qui profite matériellement du système. Je pars en guerre contre la caricature de «bobos» soi-disant privilégiés. Ils incarnent en réalité l'appauvrissement des jeunes éduqués des classes moyennes, effectivement repoussés vers les anciens quartiers populaires. Si le pouvoir et la richesse n'ont plus de rapport avec le niveau d'éducation, alors la lutte des classes redevient possible. Les classes moyennes choisiront de contester la classe supérieure qui les maltraite plutôt que de se retourner contre les prolétaires ou les immigrés de la dernière heure. J'attends comme une libération la montée de la colère politique de ces jeunes éduqués. Mais rien n'est joué !

N. O. - Vous écrivez que le protectionnisme est la dernière chance de la démocratie européenne. Pourquoi ?

E. Todd. - Il y a des phases où le libre-échange est bénéfique, mais on n'en est plus là. La pression sur les salaires aboutit à l'insuffisance de la demande globale, à l'échelle planétaire. Avant la crise, le système tournait grâce aux Etats-Unis : en situation monétaire et militaire dominante, ils consommaient chaque année 800 milliards de dollars en trop, soit leur déficit commercial annuel. L'Amérique était l'agent de relance de l'économie mondiale et sa surconsommation était financée par le mécanisme des subprimes, des prêts hypothécaires, qui vient d'exploser. La globalisation a dans un premier temps détruit des emplois dans la partie développée du monde. Les pays émergents se sont nourris de cette destruction mais finissent par être touchés par l'effondrement de la demande intérieure des pays qu'ils étaient en train d'affaiblir. C'est le problème classique du virus qui finit par tuer son hôte. L'Europe pourrait décider de devenir un espace de régulation économique se protégeant des importations et des délocalisations vers les pays à bas salaire. Ce protectionnisme serait techniquement facile pour une Europe de 450 millions d'habitants qui peut financer sans difficulté ses importations d'énergie et de matières premières, à la différence des Etats-Unis. Le but ultime du protectionnisme n'est pas de repousser les importations venues des pays à l'extérieur de l'Union européenne, mais de créer les conditions d'une remontée des salaires et de la demande intérieure. Imaginons que les élites françaises, redevenues de vraies élites, se décident à assumer leurs responsabilités sociales, se convainquent de la nécessité de passer au protectionnisme pour éviter une destruction totale de l'industrie et du tissu social sur le Vieux Continent. Ce protectionnisme européen, c'est un projet pour toute une génération. C'est un horizon positif. N'oublions pas que la mise en place du libre-échange qui nous détruit a pris deux générations.

N. O. - Comment procéder ? Et comment convaincre l'Allemagne ?
E. Todd. - Il y a une difficulté des élites françaises à accepter que l'économie allemande soit le coeur de l'industrie continentale, même si la France du TGV, d'Airbus et des centrales nucléaires existe. Pour convertir l'Europe au protectionnisme, il faut d'abord convaincre les dirigeants allemands. Il faut faire comprendre à l'Allemagne qu'elle a plus à gagner à une relance de la demande intérieure européenne qu'à une poursuite indéfinie de la demande extérieure, chinoise ou mondiale. A la différence des Anglais, les Allemands ne sont pas des libre-échangistes identitaires ! Pour l'heure, ils se croient à tort bénéficiaires de la mondialisation. La France pourrait faire valoir à l'Allemagne qu'en l'absence d'une réorientation protectionniste européenne elle devrait quitter la zone euro, ou plus exactement la détruire, puisqu'elle serait immédiatement suivie par l'Italie, encore plus asphyxiée qu'elle par l'euro fort et fou. Affronter l'Allemagne sur la question du protectionnisme, ce n'est pas être germanophobe mais au contraire admettre son importance et exiger d'elle qu'elle tienne son rang politique et se sente responsable de l'Europe plutôt que de faire cavalier seul.

 N. O. - Quel rôle peut jouer la gauche française dans cette crise ?
E. Todd. - Il faut que le PS, dont le vide doctrinal n'a rien à envier à celui du sarkozysme, cesse de considérer le protectionnisme européen comme un sujet tabou. Il faut qu'il admette que la remontée des salaires et la relance de l'économie passent par l'émergence de cette Europe protégée et par une renégociation serrée avec l'Allemagne. Heureusement, il y désormais Benoît Hamon dont la motion inclut la dimension du protectionnisme. Grâce à lui, le PS a une chance de survie. On va voir s'il la saisit. Si Hamon échoue, quelqu'un pourra écrire un livre du genre «Après le Parti socialiste».

Emmanuel Todd Historien, démographe et sociologue, Emmanuel Todd est chercheur à l'Ined. Après «l'Illusion économique» et «Après l'empire», il poursuit sa réflexion en publiant cette semaine «Après la démocratie» chez Gallimard.
Par frambois'acide
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