Recommander

Catégories

Recherche

Histoire

Mardi 14 mars 2006

Enquête 1914-1918, guerre de tranchées entre historiens LE MONDE | 10.03.06 | 13h58 •

Mis à jour le 10.03.06 | 14h02

Parmi les historiens français, la guerre de 1914-1918 n'en finit pas de recommencer. Quatre-vingt-dix ans après la bataille de Verdun (février-décembre 1916), ce domaine d'études ressemble à un véritable champ de bataille. Sans cesse sur le qui-vive, deux troupes s'y font face, défendant pied à pied leurs positions, bien décidées à conquérir, d'un seul et même élan, les places fortes de l'université comme les larges espaces de l'opinion. Pas plus que les autres, cette guerre-là ne se mène avec des gants blancs. Colloques fortifiés et embuscades éditoriales, assassinats académiques et comptes rendus ciblés, grosse artillerie médiatique et petits sabotages collatéraux : depuis la mémorable controverse sur la Révolution française, qui opposa les partisans d'Albert Soboul et ceux de François Furet dans les années 1970-1980, le monde savant n'avait guère connu pareille ruée. Gare aux traîtres, malheur aux tièdes ! "C'est consternant. Aujourd'hui, un étudiant qui veut travailler sur la Grande Guerre doit d'abord choisir son camp. S'il veut rester neutre, il n'a plus de patron de thèse possible...", se désole Antoine Prost, professeur émérite à l'université Paris-I. Pour que la mêlée puisse avoir lieu, encore fallait-il que les forces en présence se retrouvent sur le même terrain : abandonnant les approches traditionnelles (diplomatique ou économique) de la guerre, les deux escadrons rivaux ont investi l'un et l'autre une histoire culturelle où l'essentiel n'est plus de comprendre la portée de tel traité ou de telle crise conjoncturelle, mais de saisir le vécu intime des combattants. Pour tous les protagonistes de l'actuelle bataille historiographique, donc, la question-clé est désormais identique : dans la boue, sous les obus, comment diable les soldats ont-ils tenu ? C'est que, pour l'écrasante majorité d'entre eux, le sacrifice avait valeur d'évidence, répondent en substance les historiens rassemblés autour de l'Historial de la Grande Guerre, inauguré en 1992 à Péronne, dans la Somme, et dont le centre de recherche est présidé par Jean-Jacques Becker (www.historial.org). Elevés dans une société occidentale en voie de "brutalisation", les poilus auraient baigné dans une "culture de guerre" - messianisme patriotique, haine de l'ennemi, esprit de croisade - qui les aurait rendus globalement "consentants" : "Trèves et mutineries ont été marginales. Tout le mystère est là : massivement, la chair à canon a accepté d'être de la chair à canon...", résume Annette Becker, fille de Jean-Jacques et professeur à l'université Paris-X-Nanterre, qui dirige le centre de recherche de Péronne avec Stéphane Audoin-Rouzeau, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS, Paris). Contacté par Le Monde, celui-ci a répondu qu'il ne souhaitait pas "mettre le petit doigt dans cette polémique". Ensemble, les deux historiens ont signé un essai incisif, intitulé 14-18, retrouver la guerre, paru chez Gallimard en 2000. Définissant le premier conflit mondial comme la "matrice" du XXe siècle et de sa violence totalitaire, ils revenaient sur les cérémonies commémoratives qui avaient marqué, en 1998, les quatre-vingts ans de l'armistice, pour fustiger "la confusion intellectuelle" et la sensibilité "victimisante" qui auraient alors prévalu dans la conscience commune : "Non seulement les combattants n'avaient été que des victimes non consentantes, mais, plus encore, les révoltés étaient désormais les seuls héros véritables. Les 'mutins' de 1917 n'avaient-ils pas été, par leur révolte même, les précurseurs de l'unité européenne ?", ironisaient-ils. C'est ce livre qui a mis le feu aux poudres. A sa parution, ceux qui en combattaient les conceptions s'étaient déployés en ordre dispersé. Les voici maintenant réunis, avançant en rangs de plus en plus serrés, prêts à donner l'assaut contre la forteresse "Péronne". Le 21 février, en effet, à l'occasion de l'anniversaire de Verdun, ils ont rendu publique la naissance du Collectif de recherche international et de débat sur la guerre 14-18 (www.crid1418.org). Composé d'universitaires, mais aussi de chercheurs non professionnels, le CRID 14-18 espère fédérer associations locales et sociétés savantes autour d'un projet historien opposé à la ligne "péronniste". Alors que celle-ci analyse mentalités et discours pour cerner les ressorts anthropologiques du "consentement" à la guerre, le CRID 14-18 préfère mettre l'accent sur les expériences concrètes qui expliqueraient la "ténacité" des combattants. "Nos travaux sont particulièrement sensibles aux pratiques ordinaires des poilus. Ainsi, quand on lit les correspondances de l'époque, on est frappé par le nombre de soldats qui valorisent les stratégies d'esquive permettant d'échapper aux tranchées. 'Chic, j'ai la bonne blessure !', disent par exemple les soldats qui ne sont pas gravement touchés, mais auxquels leur blessure permet néanmoins de quitter le front. Souvent, ils se réjouissent également que leurs proches ne soient pas versés dans des unités qui risquent de monter en première ligne", explique Nicolas Offenstadt, maître de conférences à Paris-I, qui a dirigé Le Chemin des Dames. De l'événement à la mémoire (Stock), ouvrage en forme de manifeste collectif, dont le CRID 14-18 représente le prolongement direct. "Trois cent mille morts, cela fait combien de larmes ?", demandait l'écrivain Roland Dorgelès à propos du Chemin des Dames. Symboliquement, le CRID 14-18 a choisi de situer son siège dans le village de Craonne, dans l'Aisne, un des hauts lieux de l'"offensive Nivelle", là même où le premier ministre Lionel Jospin a prononcé, en 1998, son fameux discours visant à "réintégrer" mutins et fusillés de 1917 dans la mémoire nationale. De fait, cette gigantesque tuerie avait été suivie d'un vaste mouvement d'indiscipline : "Tout poilu demande en bas la guerre. Signé : un poilu qui en a marre par-dessus bord", pouvait-on lire sur un train en juillet 1917. Car des stratégies d'esquive aux refus d'obéissance, et des mutilations volontaires à la désertion, insistent les membres du CRID 14-18, il y a toute une gamme de sentiments et de gestes que l'on trouve chez la plupart des soldats, y compris chez ceux qui tiennent par ailleurs un discours nationaliste. En ce sens, la tâche de l'historien consisterait d'abord à s'interroger sur les multiples formes de contrainte qui se cachent derrière le "consentement" patriotique. "La culture de guerre telle qu'elle est présentée par Péronne est une culture des élites et de l'arrière, explique Frédéric Rousseau, président du CRID 14-18 et auteur de La Guerre censurée (Seuil). C'est celle des politiciens et des faiseurs d'opinion, qu'on ne peut pas comparer avec la culture de ceux qui avaient les pieds dans la merde, et qui crevaient sous les obus. La haine de l'ennemi, l'esprit de croisade ont bien existé, mais l'essentiel est de comprendre comment le consentement se construit socialement, via la pression du groupe et l'attachement aux camarades, par exemple, bien au-delà des seuls gendarmes et des cours martiales. Les mutineries ont quand même concerné les deux tiers de l'armée française. Dans les travaux de l'Historial, cette dimension est évacuée. Si la réintroduire, c'est être gauchiste, tant pis !" Gauchistes ? Nous voici sur la ligne du front. Là, les slogans triomphent, les vieux clivages reprennent le dessus : partisans du "consentement" contre militants de la "contrainte", "patriotards" contre "néopacifistes", mandarins parisiens contre marginaux de province. "Il s'investit là-dedans des choses qui ont peu à voir avec la Grande Guerre, note l'historien Christophe Prochasson, auteur d'un ouvrage intitulé Les Intellectuels, le socialisme et la guerre (Seuil) et membre du bureau de l'Historial. Au-delà des antipathies personnelles, on voit bien que les gens qui tournent autour de Péronne sont légitimes. On les retrouve à Paris-X ou à l'EHESS. Les gens du "Chemin des Dames" - appelons-les comme ça - sont plus en marge de l'histoire officielle, ils jouent le côté "terrain", la proximité avec la mémoire d'en bas, etc. Chez eux, il y a un désir d'en découdre dont témoigne bien la terminologie adoptée : le mot "collectif" ne renvoie pas au champ savant, il s'agit bien de se grouper pour lutter. Si j'étais cruel, je parlerais d'une espèce de gauchisme scientifique." Directeur d'études à l'Ecole des hautes études, Christophe Prochasson y a longtemps animé un séminaire entièrement consacré à la Grande Guerre. Il se souvient que les chercheurs de diverses sensibilités s'y retrouvaient volontiers et participaient même aux soirées façon "booms poilus", organisées en fin d'année. Naguère, André Loez en était. Mais, après avoir fait un bout de chemin avec Christophe Prochasson, ce jeune doctorant, qui enseigne dans un lycée de la banlieue parisienne, a fini par rejoindre Frédéric Rousseau et ses amis du Chemin des dames. "Au départ, j'étais séduit par les thèses de Retrouver la guerre. Mais je me suis peu à peu rendu compte que tous ces termes ("brutalisation", "haine de l'ennemi"...) ne tenaient pas la route. Je les trouvais invalidés dans mes recherches : en fonction des origines sociales, des sensibilités de départ, cette "culture de guerre" n'a pas prise de la même manière sur les individus ! Et puis, il faut avoir entendu certains parler des pratiques de cruauté en séminaire.Il y a chez eux une fascination pour la violence, à mes yeux excessive..." , note-t-il. Ici comme ailleurs, les antagonismes théoriques s'articulent avec des questions d'affinités personnelles. Avec un sentiment d'affront académique aussi : "Péronne a voulu contrôler tout le territoire. Ses membres tirent à vue sur tous ceux qui y mettent un pied sans faire allégeance", soupire Rémy Cazals, professeur à l'université de Toulouse-Le Mirail. Avec Frédéric Rousseau, maître de conférences à l'université Paul-Valéry de Montpellier, Rémy Cazals est la principale figure tutélaire du CRID 14-18. Tous deux ont le sentiment d'avoir essuyé une certaine morgue "parisianiste" : dans la capitale, eux et leurs étudiants ne se trouvent-ils pas désignés en bloc sous l'appellation "les gens du Midi" ? Sous-entendu : ceux-là ne feraient guère le poids face à l'Historial de Péronne, animé par la fine fleur des universités parisiennes. "D'un point de vue institutionnel, Becker et Audoin-Rouzeau sont archidominants. Ils refusent le débat, et ne dialoguent qu'avec les morts... Sur '14-18', ils contrôlent non seulement les manuels scolaires, mais aussi les sujets d'agrégation et la bibliographie qui va avec. Et puis ils s'adossent à une puissante structure : l'Historial dispose de moyens importants pour financer des bourses, des colloques et une revue internationale... En termes de budget, y'a pas photo !", affirme Philippe Olivera. Membre du CRID 14-18, ce spécialiste de l'histoire intellectuelle a longtemps enseigné en lycée, et il aime à raconter comment lui et ses amis se donnent rendez-vous à Craonne pour travailler dans des salles mal chauffées, bivouaquer dans l'ancienne école du village, avant d'aller prendre leurs quartiers, le soir, chez l'habitant... Dominants et dominés, assaillants et agressés, bourreaux et victimes... Les rôles ne sont pourtant pas aussi clairs qu'il ne semble. La guerre historiographique autour de 14-18 se joue à fronts renversés, chaque camp développant sa propre pathologie du minoritaire. Car, si les animateurs du CRID 14-18 se disent assiégés d'un point de vue universitaire, les chercheurs de l'Historial ont le sentiment, eux, d'avoir définitivement perdu la bataille de l'opinion. "Quand on est amené à intervenir en public sur tel roman ou tel film qui popularise la mémoire pacifiste, on s'aperçoit qu'un discours nuancé et non 'victimisant' est complètement inaudible, témoigne Bruno Cabanes, professeur associé à l'université Yale (Etats-Unis) et auteur de La Victoire endeuillée (Seuil). Chez certains jeunes, il y a une identification spectaculaire avec les soldats de la Grande Guerre." Dans les bandes dessinées de Tardi comme dans les films de Jean-Pierre Jeunet (Un long dimanche de fiançailles) ou de Christian Carion (Joyeux Noël), l'équipe de l'Historial perçoit les signes de son inexorable défaite. C'est-à-dire l'hégémonie croissante d'une mémoire qui réduirait la première guerre mondiale à un théâtre d'ombres, où une machine étatique implacable aurait envoyé des millions d'hommes au "casse-pipe". "Ceux qui nous critiquent ne sont pas nombreux et leurs travaux m'intéressent peu, prévient Annette Becker. Mais, du point de vue de l'espace public, il est clair que nous avons perdu depuis longtemps. Ils ont le film de Christian Carion pour eux : un peu d'antimilitarisme franchouillard, quelques anachronismes, plein de petites lumières, et on fait pleurer dans les chaumières. Quand je suis allée le voir au cinéma, je n'ai pas cessé de rire, et j'ai eu droit à des regards noirs ! Pour le public, il est plus facile de croire que nos chers grands-parents ont été forcés de faire la guerre par une armée d'officiers assassins. Heureusement, j'ai la chance de travailler avec des collègues étrangers, loin de ces petites querelles franco-françaises..."

Par frambois'acide
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 16 mars 2006

Une série de conférences sur le thème : l'esclavage : la France, les abolitions, les enjeux au centre Georges Pompidou en mars et avril afin de mieux comprendre les débats actuels

 

L'esclavage : la France, les abolitions, les enjeux

 

Conférences - débats - rencontres

 

31 mars - 22 avril 2006

Grande salle

"Nul lieu du Monde ne peut s'accommoder du moindre oubli d'un crime, de la moindre ombre portée. Nous demandons que les non-dits de nos histoires soient conjurés pour que nous entrions tous ensemble et libérés dans le Tout-Monde. Ensemble encore, nommons la traite et l'esclavage perpétrés dans les Amériques crime contre l'humanité."
Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Wole Soyinka

Et d'abord quelques dates auxquelles bien d'autres devraient s'ajouter, pour conjurer l'oubli et offrir quelques point d'ancrage à une mémoire collective qui reste à édifier.

1685 : promulgation par Louis XIV du Code Noir qui réglemente l'esclavage des Noirs dans les colonies françaises d'Amérique.

 Février 1794 : abolition générale de l'esclavage par la Convention à l'issue de révoltes et d'insurrections.

Juillet 1802 : rétablissement de l'esclavage par Bonaparte et déclenchement d'une guerre dont le but était de rejeter dans les fers des femmes et des hommes qui étaient devenus de libres citoyens.

1er janvier 1804 : proclamation du premier Etat noir indépendant qui prend le nom de Haïti, à la suite de la reddition des armées françaises .

 Avril 1848 : décret d'abolition de l'esclavage par le gouvernement de la IIe République.

 Adoption par le parlement français de la loi du 21 mai 2001 (loi Taubira), "tendant à la reconnaissance, par la France, de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité".

Cette loi revêt un caractère fondateur s'il est vrai que l'enjeu est bien de dégager un avenir commun à travers une histoire enfin partagée. Non qu'il fallût attendre cette date pour découvrir l'esclavage. Mais la société avait cru se protéger des effets d'une prise de conscience trop aiguë, en rejetant dans un passé vague et lointain une pratique qu'elle jugeait désormais barbare, et que de ce fait, elle considérait en quelque sorte étrangère à elle-même et à sa propre histoire. C'est pourquoi il a paru indispensable de se focaliser sur la pratique française de l'esclavage même si évidemment notre pays n'en a pas eu la triste exclusivité. Car il s'agit justement d'éclairer comment l'esclavage s'inscrit dans l' histoire française, jusqu'à quel point les représentations qui prétendaient le justifier ont perduré dans la colonisation et quels furent, au fil des ans et des circonstances, leurs avatars, leurs contradictions, leurs travestissements. Afin de mieux cerner ce que sont aujourd'hui les enjeux de mémoire.

En 1848, la seconde abolition fut accompagné d'un impératif appel à l'oubli du passé, comme prix d'une nécessaire réconciliation. Ainsi, une lourde chape de silence fut-elle posée sur l'esclavage que l'on venait de proscrire. C'est cette chape qu'aujourd'hui on soulève. Ces rencontres voudraient modestement y contribuer Car, il n'y a pas lieu de craindre ici le ressassement quand il s'agit de mettre au jour ce qui a été si longtemps refoulé.


Sur une proposition et un programme de Jean-Claude Myrtil.


Information
Christine Bolron, 01 44 78 46 52, fax : 01 44 78 12 03, mail : cbolron@centrepompidou.fr
Entrée libre dans la mesure des places disponibles

Programmation / intervenant(s) :
Christiane Taubira, Sandrine Lemaire, Edouard Glissant, Pascal Blanchard, Nelly Schmidt, Oruno Denis Lara, Françoise Verges, Caroline Oudin-Bastide et Nicolas Rey

 

Programme

Vendredi 31 mars, 19h30

Christiane Taubira : Les deux abolitions et leurs ambiguïtés. Quelles traces aujourd'hui dans les représentations et les inégalités.
Sandrine Lemaire : L'esclavage dans l'imaginaire colonial.
Edouard Glissant : Nous sommes entrés dans une ère du monde où toute simplicité est un gage d'erreur et de fixation.

Samedi 1er avril, 15h

Pascal Blanchard : Les "Noirs" en image : des abolitions au zoos humains, des conquêtes coloniales aux indépendances.
Nelly Schmidt : Abolitions de l'esclavage : entre mythes et réalités.
Oruno Denis Lara : Colonisation, esclavage et liberté.

19h30 : Projection du film de Guy Deslauriers Passage du milieu(1h17mn, Kréol productions, 1999)

Samedi 22 avril, 15h

Françoise Verges : Les troubles de mémoire, des défis pour la République.
Caroline Oudin-Bastide : Violence et esclavage.
Nicolas Rey : En finir avec une histoire occultée : les Libérateurs de l'Amérique latine étaient antillais !

: Les deux abolitions et leurs ambiguïtés. Quelles traces aujourd'hui dans les représentations et les inégalités. : L'esclavage dans l'imaginaire colonial. : Nous sommes entrés dans une ère du monde où toute simplicité est un gage d'erreur et de fixation. : Les "Noirs" en image : des abolitions au zoos humains, des conquêtes coloniales aux indépendances. : Abolitions de l'esclavage : entre mythes et réalités. : Colonisation, esclavage et liberté.Projection du film de (1h17mn, Kréol productions, 1999) Les troubles de mémoire, des défis pour la République. : Violence et esclavage.En finir avec une histoire occultée : les Libérateurs de l'Amérique latine étaient antillais !

Adresse

Centre Georges Pompidou

Entrée libre

http://www.centrepompidou.fr/Pompidou/Manifs.nsf/AllCycle/L'esclavage,%20la%20France,%20les%20abolitions,%20les%20enjeux?OpenDocument&sessionM=2.6.3&L=1

Par frambois'acide
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 10 juin 2006
30 mai 2006 -Tribune publiée dans Libération
Ne jouons pas avec les mémoires !

Tribune de Gilles Manceron (Vice-président de la LDH)

Le texte de Jean-Pierre Azéma publié dans Libération du 10 mai, au nom de membres de l'association Liberté pour l'histoire, apporte de nouveaux éléments au débat sur les lois et l'histoire relancé par la proposition de pénaliser la négation du génocide arménien. Sur plusieurs points, il paraît témoigner d'une évolution par rapport à l'appel paru dans Libération du 13 décembre 2005, dont semblait émaner une demande d'abrogation globale des lois Gayssot, Taubira et sur le génocide arménien. Lancé en plein débat sur l'article 4 de la loi sur la colonisation du 23 février 2005, il mettait sur le même plan des lois de nature très différente et apparaissait à la fois comme précipité et non dénué d'arrière-pensées.

Jean-Pierre Azéma nous dit que les signataires de cet appel menaient aussi campagne contre l'article 4 de la «loi Mekachera» sur «l'oeuvre positive» de la colonisation, qui a été «déclassé» depuis. A notre connaissance, seuls deux des dix-neuf signataires, Pierre Vidal-Naquet et Marc Ferro, lui avaient exprimé leur opposition. Mais d'autres pouvaient lui être hostiles sans avoir eu l'occasion de le dire, ce qui semble être le cas de Jean-Pierre Azéma. Dont acte, et félicitons-nous à l'idée que d'autres s'y opposaient aussi. Mais certains signataires, tels René Rémond et Françoise Chandernagor, ont dit et répété qu'ils avaient refusé de s'opposer à cet article 4 sur «l'oeuvre positive» de la colonisation car il ne suscitait pas davantage leur rejet que les trois autres lois mémorielles qu'étaient les lois Gayssot, Taubira et sur le génocide arménien.

René Rémond n'a cessé de dire qu'il avait refusé de signer un texte contre cet article car «c'eût été un choix politique» (l'Histoire, n° 306, p. 84, et Quand l'Etat se mêle de l'histoire, Stock, p. 43). Et Françoise Chandernagor a même écrit dans l'Histoire (n° 306, p. 79) que l'objet de l'appel «Liberté pour l'histoire» était de contrer les efforts de ceux qui voulaient faire abroger l'article 4 de la loi sur la colonisation et qu'il a été publié à la hâte car il fallait faire vite. Mais, au-delà de ce qui semble apparaître comme des divergences parmi les «dix-neuf», saluons le fait que Jean-Pierre Azéma affirme : «Nous participions aussi à la campagne visant à obtenir l'abrogation de l'article 4 de la loi dite Mekachera.»

Jean-Pierre Azéma s'oppose au projet de loi cherchant à pénaliser la négation du génocide arménien. Beaucoup de ceux qui défendent la loi du 29 janvier 2001 par laquelle la France reconnaît le génocide arménien (à la différence de l'appel «Liberté pour l'histoire», qui en demandait l'abrogation) le rejoignent sur ce point. C'est la position que j'ai défendue lors de la rencontre «Amnésie internationale» organisée par la Jeunesse arménienne de France à Marseille, le 11 mars : défense résolue de la loi de reconnaissance du génocide arménien, du 29 janvier 2001, mais opposition à une nouvelle «loi Gayssot» sur ce point. Notamment car cette question est, malheureusement, moins bien documentée historiquement (les obstacles opposés par la Turquie à l'accès aux archives y sont pour beaucoup), d'où la nécessité d'un large débat. Et elle ne pose pas, à mon sens, les mêmes problèmes spécifiques relatifs au maintien de l'ordre public que nous impose la nécessité de réagir à cet avatar de l'appel à la haine antisémite bimillénaire qu'est la négation de la Shoah. Au-delà du désaccord sur la loi de reconnaissance du 29 janvier 2001, à laquelle je reste très attaché, je rejoins Jean-Pierre Azéma sur le refus d'une nouvelle loi pénalisant la négation du génocide arménien.

On note que Jean-Pierre Azéma s'oppose au déclassement de l'article de la loi Taubira demandé par les députés UMP «en représailles au déclassement de l'article 4 de la loi Mekachera ». Pourtant ces députés UMP n'ont fait que proposer ce que demandait pour cette loi «l'appel des dix-neuf» en décembre. Mais quelle modification demandent les signataires ? Jean-Pierre Azéma parle non pas d'«abrogation» de ces lois ou de certains de leurs articles, mais du «toilettage d'articles de quatre lois mémorielles». Pour qu'on ne reste pas dans le vague, il faudrait nous dire quels «toilettages» sont demandés... Pour la loi de janvier 2001, dont le texte intégral est : «La France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915», on est particulièrement intéressé à connaître ce «toilettage».

On note aussi que Jean-Pierre Azéma écrit que l'histoire n'appartient pas aux historiens mais qu'elle est le bien de tous. La représentation nationale ne se voit plus interdire, semble-t-il, le principe de lois historiques et mémorielles, comme pouvait le laisser entendre le texte du 13 décembre. Il invoque, une fois de plus, ce qu'avait écrit Madeleine Rebérioux : «La loi ne saurait dire le vrai. Le concept même de vérité historique récuse l'autorité étatique. L'expérience de l'Union soviétique devrait suffire en ce domaine.» Le rappel de ce principe est utile, mais il ne suffit pas à fonder la demande d'abrogation en 2006 de l'article de la loi Gayssot qui crée un délit de négation des génocides et crimes contre l'humanité commis par les nazis. Dans le livre collectif la Colonisation, la loi et l'histoire, que j'ai codirigé avec Claude Liauzu, nous montrons que les réserves de Madeleine Rebérioux à propos de la loi Gayssot et de toute législation en matière d'histoire (exprimées dans des articles de 1990 et de 1996 que nous reproduisons) ne permettent pas de justifier, à notre avis, ipso facto, les positions prises plus de dix ans plus tard par l'appel «Liberté pour l'histoire». Madeleine nous a quittés en février 2005, mais son successeur à la présidence de la Ligue des droits de l'homme, Henri Leclerc, explique dans sa préface qu'il partageait son point de vue lors de la discussion de la loi Gayssot , et qu'il ne demande pas pour autant l'abrogation de sa disposition créant un délit de négation de la Shoah.

Mais l'essentiel est que Jean-Pierre Azéma tend à ne plus demander l'abrogation des dispositions essentielles des lois Gayssot, Taubira et sur le génocide arménien, mais semble plutôt vouloir dire stop à tout ajout de lois sur l'histoire, qu'il s'agisse de celle qui voudrait créer un délit de négation du génocide arménien, ou de celle qui viserait au déclassement de dispositions d'une loi existante, comme la proposition UMP sur la loi Taubira.

Sur une telle position qui revient à dire : «Stop aux nouvelles lois sur l'histoire, qu'elles soient des ajouts ou des retraits», un large consensus semble possible. Car les lois Gayssot, Taubira et sur le génocide arménien présentent sûrement des défauts et des risques ­ le mérite de l'appel est de l'avoir souligné ­ mais chacune a aussi répondu à des demandes légitimes et rempli des fonctions essentielles. Le plus sage n'est-il pas à la fois de refuser qu'on leur en ajoute d'autres et qu'on cherche à les abolir ou à les modifier ?

 Tribune parue dans

Libération jeudi 25 mai 2006

Par frambois'acide
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 10 juin 2006

In Le figaro Littéraire 1er juin 2006 http://www.lefigaro.fr/litteraire/20060601.WWW000000286_supplique_a_monsieur_le_president_de_la_republique_pour_le_transfert_au_pantheon_de_marc_bloch.html

Supplique à Monsieur le président de la République pour le transfert au Panthéon de Marc Bloch

LA MÉMOIRE du grand historien et du grand résistant que fut Marc Bloch (1886-1944) continue aujourd'hui à marquer notre réflexion et notre amour pour la France. Par son enseignement, par ses écrits, par le renouveau de l'histoire et le rayonnement qu'il a donné à cette discipline dans le monde entier, comme par ses actes et sa mort héroïques, celui qui reste aujourd'hui comme un modèle de citoyen, de soldat, d'intellectuel et de héros mérite de la France une reconnaissance particulière et une place choisie au Panthéon des gloires nationales.

Un héros, Marc Bloch le fut, à plusieurs reprises et pour ainsi dire naturellement. Le fondateur des Annales, avec Lucien Febvre, l'auteur de la Société féodale et des Rois thaumaturges, ainsi que des Caractères originaux de l'histoire rurale française, n'a jamais voulu se contenter d'une vie savante et retirée du monde. Il aimait ce propos de son maître, l'historien belge Henri Pirenne: "Si j'étais antiquaire, je n'aurais d'yeux que pour les vieilles choses. Mais je suis un historien, c'est pourquoi j'aime la vie."

Marc Bloch aimait tellement la vie que son engagement d'historien, il le plaça toujours au service de sa patrie. Sa méthode même consistait à partir du temps présent pour mieux appréhender le passé. Il suivait en cela les conseils du grand Michelet qui disait: "Pour connaître le présent il faut d'abord s'en détourner." S'en détourner, cela voulait dire pour Bloch agir dans le siècle.

Dès la première guerre mondiale, au 72e régiment d'infanterie, Marc Bloch se comporta en brave. Il obtint la Légion d'honneur à titre militaire, la Croix de guerre et quatre citations, soit une par an entre 1915 et 1918; il en obtiendra une autre en 1940. Ses états de service soulignent son "mépris du danger", sa "crânerie et [sa] froide résolution". Mais Marc Bloch a toujours voulu rester modeste: "Mes services de guerre 1914-1918 sont normaux." Il avait le sens du simple devoir accompli ou, pour reprendre une expression de son supérieur, il exprimait un "humble héroïsme" qui est celui des meilleurs patriotes.

A aucun moment, alors que tant d'autres ont pu s'interroger sur le sens de ce combat furieux et sans fin, il n'a cessé de croire en son pays. En 1918, il ne se cachait pas d'avoir ressenti l'allégresse de la victoire. Car cet intellectuel n'a jamais été tenté par les sirènes pacifistes, même au plus fort des privations et des terribles corps à corps à la baïonnette, qui laissèrent tant de ses camarades sur le bord du fossé. Partageant avec eux ce que Jules Isaac appelait une "communauté de souffrances", pour lui, l'individu ne comptait pas devant le groupe et la nation. Qu'importe qu'un seul souffre, pensait-il, quand c'est le sort de la communauté nationale tout entière qui est en jeu. "Vous m'avez appris à mettre certaines choses au-dessus de la vie même", écrivait-il en 1915 à ses parents.

Il parlait là de la patrie, car il savait qu'il ne pouvait y avoir de démocratie sans communauté nationale. Elevé avec rigueur, il avait en son pays une foi dont notre époque mesure mal aujourd'hui la résonance.

Dans la lettre d'adieu qu'il avait rédigée en 1941, anticipant sur une possible capture, il déclarait: "Attaché à ma patrie par une tradition familiale déjà longue, nourri de son héritage spirituel et de son histoire, incapable en vérité d'en concevoir une autre où je puisse respirer à l'aise, je l'ai beaucoup aimé et servie de toutes mes forces".

Monsieur le président de la République, ce n'est pas seulement parce que Marc Bloch est certainement l'un des plus grands historiens français, celui dont le nom contribue, plus de soixante ans après sa mort, à assurer encore à l'étranger le renom de la recherche française, qu'il a sa place au Panthéon. Mais c'est parce que sa vie même de citoyen est exemplaire, une vie au service de la nation. Lorsqu'en 1940, après s'être trouvé confronté au "plus atroce effondrement de notre histoire", comme il l'écrira dans L'Etrange Défaite, cette analyse de l'effondrement de la France, écrite sur le vif avec une étonnante lucidité, Marc Bloch n'aura qu'une idée: résister.

Alors qu'il aurait pu gagner les Etats-Unis, il préféra rester en France après la débâcle et malgré le statut des juifs. Sa réputation internationale lui permit d'être "relevé de déchéance" en ce qui concerne son métier d'enseignant. Cela ne l'empêcha pas d'entrer en clandestinité, suivi par ses trois fils.

La résistance, qu'il effectua notamment sous le pseudonyme de Narbonne, constitue chez ce patriote le prolongement logique de sa vie passée. Le 29 décembre 1943, il affirmait sa détermination dans le combat et la Libération: "Tous ceux qui l'auront méritée ne verront pas la grande récompense. Elle n'en sera pas moins celle qu'ils ont souhaitée et préparée." Appartenant au mouvement Franc-Tireur, il sera arrêté le 8 mars 1944, torturé et abattu dans un champ le 16 juin 1944.

Monsieur le président de la République, indéniablement, Marc Bloch laisse derrière lui l'image d'un patriote fervent, d'un républicain convaincu, mais avant tout d'un grand Français. Communiant avec le passé de son pays, il était pour ainsi dire en osmose avec lui. On connaît sa célèbre définition: "Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France: ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. Peu importe l'orientation de leurs préférences. Leur imperméabilité aux plus beaux jaillissements de l'enthousiasme collectif suffit à les condamner" (L'Etrange Défaite, p. 646).

Il avait compris la spécificité de la nation française, fondée sur l'histoire, la culture et la langue, et non sur quelque caractéristique raciale ou religieuse. Ce républicain était, par sa famille, de confession juive. Il ne s'en était jamais soucié jusqu'à ce que la législation antisémite de Vichy ne le lui rappelle. Il ne cessera d'affirmer que les "juifs sont des Français comme les autres". Il se défiait des réactions communautaristes: "Evitons de donner des armes à ceux qui voudraient nous cantonner dans n'importe quel ghetto" (Lettre du 2 avril 1941 à Jean Ullmo). En républicain scrupuleux, il refusait de se définir comme un Français "d'origine juive". "Je suis juif, disait-il, sinon par la religion, que je ne pratique point, non plus que nulle autre, du moins par la naissance. Je n'en tire ni orgueil ni honte, étant, je l'espère, assez bon historien pour n'ignorer point que les prédispositions raciales sont un mythe". Et il ajoutait avec finesse: "Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas: en face d'un antisémite" (L'Etrange Défaite, p. 524).

Celui qui tombera en martyr sous les balles allemandes, après avoir été torturé, avait cru toute sa vie que la ligne de partage entre les hommes restait celle de la nationalité. Le fondement de son identité, comme de son engagement d'historien, était l'amour dans la France.

Monsieur le président de la République, n'est-il pas temps pour cette dernière de célébrer comme il le mérite la mémoire de ce fils qui lui fait honneur?

Maurice Agulhon, professeur honoraire au Collège de France

Stéphane Audoin-Rouzeau, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales

Jean-Pierre Azema, professeur des universités

Annette Becker, professeur à l'université Paris X

André Burguière, directeur d'études à l'EHESS

Max Gallo, écrivain

Bronislaw Geremek, historien, membre du Parlement européen

Jacques Le Goff, ancien président de l'Ecole des hautes études en sciences sociales

Ran Halevi, directeur de recherches au CNRS (Centre Raymond-Aron)

Pierre Nora, de l'Académie française,

Mona Ozouf, directeur de recherches au CNRS (Centre Raymond-Aron)

René Rémond, de l'Académie française

Eric Roussel, historien

Jean-Claude Schmitt, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales

Dominique Schnapper, membre du Conseil constitutionnel

Pierre Toubert, professeur honoraire au Collège de France, membre de l'Institut

Michel Winock, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris.

In Le figaro Littéraire 1er juin 2006 http://www.lefigaro.fr/litteraire/20060601.WWW000000286_supplique_a_monsieur_le_president_de_la_republique_pour_le_transfert_au_pantheon_de_marc_bloch.html

Par frambois'acide
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 13 juin 2006

Le musée d'art et d'histoire du judaisme organise une exposition consacrée à Alfred Dreyfus


Exposition : 5, 50 euros / 4 euros
Billet couplé Musée + Exposition : 9 euros

Accès au public du lundi au vendredi de 11 h à 18 h, le dimanche de 10 h à 18 h.
Fermeture les samedis

Du 14 juin 2006
au 1er octobre 2006



Alfred Dreyfus
Le combat pour la justice

Affiche expo Alfred Dreyfus
Affiche de l'exposition
Alfred Dreyfus
Photographie de Gerschel vers 1890
©MAHJ
Le 12 juillet 1906, au terme de douze ans de lutte acharnée, le capitaine Alfred Dreyfus (1859-1935) est réhabilité par un arrêt de la Cour de cassation, la plus haute cour de justice en France. La justice est rendue, la vérité démontrée, le droit appliqué. Le xx e siècle commence avec l’affirmation des droits les plus imprescriptibles de la personne et du citoyen. Cette exceptionnelle bataille, après le procès de 1894 et le temps du J’accuse… !, a profondément marqué la conscience des peuples et des personnes, en faisant triompher le droit et la vérité sur la raison d’État.

Dans le cadre de la commémoration du centenaire de cette réhabilitation, le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, dépositaire de nombreuses archives léguées par les héritiers de la famille Dreyfus, a choisi de mettre en exergue le destin d’un officier juif en France, l’événement mondial de l’Affaire et l’engagement jamais achevé d’hommes et de femmes pour la justice. En suivant le capitaine Dreyfus depuis sa brutale arrestation du 15 octobre 1894 jusqu’à sa réhabilitation du 12 juillet 1906, grâce à de multiples documents, issus principalement du fonds Dreyfus du musée, on mesure pourquoi le combat d’Alfred Dreyfus est un exemple emblématique pour la démocratie : pour la première fois, un Juif a été défendu comme Juif, comme citoyen symbole de l’injustice, marquant ainsi le deuxième acte de l’intégration civique des Juifs de France. L’exposition Alfred Dreyfus. Le combat pour la justice ne s’achève pas avec la réhabilitation, elle se poursuit jusqu’à nos jours en présentant la difficile postérité de l’Affaire Dreyfus, depuis l’oubli du milieu du siècle jusqu’à l’ère de la commémoration.

Vous trouverez le dossier de presse à l'adresse suivante :

http://www.mahj.org/fr/02_en_ce_moment/doc/dospress_alfred_dreyfus.pdf



• Parcours en familles •
par Tsvika Brojtman, conteur

Dimanche 18 juin 2006 à 11h
Mercredi 5 juillet 2006 à 15h
Dimanche 9 juillet 2006 à 11h
Mercredi 12 juillet 2006 à 11h
Dimanche 10 septembre 2006 à 11h



• Visites guidées individuels adultes •
par Mathias Dreyfuss, conférencier

Dimanche 25 juin 2006 à 15h
Mardi 4 juillet 2006 à 15h
Mardi 11 juillet 2006 à 15h
Mardi 12 septembre 2006 à 15h



• Visites guidées individuels adultes en anglais •
par Mathias Dreyfuss et Anne Hélène Hoog, commissaire de l’exposition

Dimanche 9 juillet 2006 à 15h : par Mathias Dreyfuss
Jeudi 13 juillet 2006 à 15h : par Anne Hélène Hoog, commissaire de l’exposition
Dimanche 16 juillet 2006 à 15h : par Mathias Dreyfuss
Jeudi 20 juillet 2006 à 15h : par Anne Hélène Hoog, commissaire de l’exposition
Dimanche 23 juillet 2006 à 15h : par Mathias Dreyfuss

Plus d'informations


• Conférences •
Jeudi 22 juin 2006 à 20 h
Dreyfus, une conspiration d’Etat

Par Vincent Duclert et Antoine Garapon, magistrat, secrétaire général de l'Institut des hautes études sur la justice.
> Nocturne exceptionnelle de l’exposition jusqu’à 21 h.
Plus d'informations

Jeudi 29 juin 2006 à 20 h
Les Juifs et l’affaire Dreyfus

Par Philippe Landau, historien et auteur de L'Opinion juive et l'Affaire Dreyfus (éd. Albin Michel,1995) et Perrine Simon-Nahum, historienne, chargée de recherche au CNRS
> Nocturne exceptionnelle de l’exposition jusqu’à 21 h
Plus d'informations


• Lecture •
Lundi 3 juillet 2006 à 20 h
Écris-moi souvent, écris-moi longuement

Correspondance de Lucie et Alfred Dreyfus (éd. Mille et une nuit, 2005).
Par Denis Podalydès et Françoise Gillard, sociétaires de la Comédie Française.
> Nocturne exceptionnelle de l’exposition jusqu’à 21 h
Plus d'informations


• Cinéma •
Du 10 au 14 septembre 2006
Dreyfus à l’écran

Rétrospective de films autour de l’affaire Dreyfus.
Projections et débats coordonnés par Livia Parnès, Ariel Schweitzer et Sébastien Denis.
Plus d'informations

 



Pendant la durée du cycle « Dreyfus à l’écran », l’exposition « Alfred Dreyfus. Le combat pour la justice » sera ouverte exceptionnellement jusqu’à 19 h les 10, 11, 12 et 14 septembre 2006 et jusqu’à 20 h le mercredi 13 septembre 2006 .

Par frambois'acide
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 5 juillet 2006
Dreyfus au Panthéon ?, par Vincent Duclert
LE MONDE | 16.06.06 | 14h02  •  Mis à jour le 16.06.06 | 14h02

lors que la proposition de transfert des cendres du capitaine Dreyfus au Panthéon recueille de nombreux soutiens, tant dans l'opinion publique que dans les milieux politiques, il est urgent de dire combien cet hommage national serait légitime. Et de le dire solennellement au président de la République qui, lui seul, prendra la décision.

 

L'homme que la France porterait au temple des gloires civiques est un patriote qui, dans l'épreuve et dans le martyre, est resté fidèle aux idéaux de 1789 et de la démocratie républicaine. Sa survie au bagne de l'île du Diable et sa réhabilitation par la Cour de cassation en 1906 témoignent magistralement de la force des valeurs qui définissent notre pays et désignent sa place dans le monde. Alfred Dreyfus représente pareillement un officier républicain, refusant la raison d'Etat, affrontant des conditions d'une extrême violence et demeurant maître de lui, d'une grande dignité, défendant sa vie pour reconquérir son honneur et celui de la France. Or, ce capitaine innocent et victorieux n'a jamais été réintégré dans l'armée comme la justice l'exigeait. Le porter aujourd'hui au Panthéon ranimerait alors, avec lui, le devoir démocratique de l'Etat, l'éthique de ses serviteurs, la confiance de ses administrés, le sens de son histoire.

Dreyfus fut enfin un citoyen qui combattit pour la justice. Il prouva que le courage individuel et la résistance par le droit pouvaient repousser, un temps du moins, l'arbitraire le plus monstrueux et la torture de la déportation. Comme Zola écrivant "J'accuse" fut un moment de la conscience humaine, Dreyfus luttant pour la vérité et la justice fut un espoir pour l'humanité. Son nom, son combat sont connus du monde entier. L'engagement des élites intellectuelles, la bataille des juges pour la vérité et la victoire finale de la réhabilitation démontrent que la tyrannie, la violence et la haine ne triomphent pas toujours. Et que la résistance à l'oppression, même la plus infime, la plus périlleuse, celle de Dreyfus précisément, n'est jamais vaine.

Dreyfus au Panthéon célébrerait ainsi l'héroïsme des citoyens ordinaires, l'héroïsme des résistants, des rescapés et de tous ceux et celles qui périrent dans les camps sans que l'histoire n'en retienne la trace, l'héroïsme enfin des droits du citoyen qui fondent la justice et qui ont porté l'arrêt solennel de réhabilitation de la Cour de cassation, il y a cent ans.

Aujourd'hui où les valeurs républicaines semblent si difficiles à défendre ou même à dire, où l'Etat de droit paraît si fragile, où le racisme, l'antisémitisme, menace toujours nos sociétés, l'exemple de Dreyfus, l'exemple de son épouse Lucie qui symbolisa le combat des femmes sans droits, valent tous les discours et les leçons d'éducation civique.


Vincent Duclert est historien à l'Ecole des hautes études en sciences sociales.

 

La Cour de cassation organise un colloque "De la justice dans l'affaire Dreyfus", le 19 juin à Paris, au Palais de justice.

 


Article paru dans l'édition du 17.06.06
Par frambois'acide
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 5 juillet 2006
MEMOIRE  

Dreyfus : Chirac écarte le Panthéon

NOUVELOBS.COM | 05.07.06 | 17:28

Il présidera une "cérémonie nationale" pour le centenaire de la réhabilitation du capitaine, écartant le transfert de ses cendres au Panthéon.

  Un portrait d'Alfred Dreyfus (Sipa)
Un portrait d'Alfred Dreyfus (Sipa)
 
Le président de la République a choisi de rendre hommage au capitaine Dreyfus le 12 juillet prochain à l'occasion du centenaire de sa réhabilitation lors d'"une cérémonie nationale" à l'Ecole militaire à Paris, a-t-on appris mercredi 5 juillet. Il écarte de ce fait l'option d'un transfert de ses cendres au Panthéon.
"Plutôt qu'une "panthéonisation", il a fait le choix d'une cérémonie nationale", a-t-on expliqué dans l'entourage de Jacques Chirac, alors que cette idée avait fait son chemin comme une seconde réhabilitation du capitaine injustement accusé de trahison. Ses descendants, mais aussi Jack Lang avait ainsi souhaité publiquement que le chef de l'Etat organise un transfert des cendres au Panthéon.

Hommage au patriote

A l'Ecole militaire, "le président de la République rendra ainsi hommage à l'homme, au soldat, au patriote victime d'une effroyable erreur judiciaire".
"Il expliquera aussi qu'à travers l'affaire Dreyfus, c'est la République et les valeurs sur lesquelles elle est fondée qui s'enracine dans la société française", a-t-on souligné dans l'entourage de Jacques Chirac.

 

Par frambois'acide
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 5 juillet 2006


 

Polémique
Panthéon : le match Bloch-Dreyfus

Depuis quelques mois, les partisans d'Alfred Dreyfus - dont on célèbre le centenaire de la réhabilitation le 12 juillet - et les admirateurs de Marc Bloch, ce grand historien torturé et fusillé par les nazis, se déchirent à coups de tribunes et de déclarations. L'enjeu est de taille : l'entrée au Panthéon de l'une de ces grandes figures de notre Histoire. La décision revient à Jacques Chirac.

 par Elisabeth Lévy

L'air du temps est-il à la « panthéonade » - néologisme forgé par Régis Debray ? Alors que l'amour de la patrie comme le culte des grands hommes ne sont guère à la mode - en dehors des stades de football -, il peut sembler surprenant que l'entrée de tel ou tel personnage dans ce temple de la mémoire nationale soit un enjeu de débats, voire de polémique. En quelques semaines, deux candidats à cette canonisation laïque sont apparus, au risque de nourrir une rivalité de fort mauvais aloi. A première vue, les deux personnages sont aussi incontestables l'un que l'autre : d'un côté, le capitaine Alfred Dreyfus, victime d'une monstrueuse machination d'Etat dont on célébrera le 12 juillet le centenaire de la réhabilitation par la Cour de cassation, qui sauva, avec celui de l'innocent, l'honneur de la France ; de l'autre, Marc Bloch, fondateur de l'Ecole des Annales, historien engagé dans la Cité, résistant fusillé par les nazis en juin 1944. Deux patriotes. Et aussi deux juifs - ce qui ne simplifie rien. En effet, quelque insistance que mettent les uns et les autres à rappeler que « leurs » grands hommes « sont d'abord des Français », on ne peut exclure que certains groupes ethniques ou religieux se réclament des choix effectués par le chef de l'Etat pour exiger à leur tour « leur » panthéonisé. On se rappelle le titre enthousiaste par lequel Le Monde avait salué le transfert d'Alexandre Dumas : « Le métissage entre au Panthéon ». Il serait désastreux que ce monument voué à l'unité nationale devienne le champ clos de la compétition victimaire qui empoisonne le débat public.

Drôle de match, en tout cas. Certes, les partisans de l'un et de l'autre s'efforcent d'éviter une bataille à coups de « grands hommes ». Reste que, dans les coulisses, chaque camp s'active pour séduire le président de la République, seul décisionnaire en la matière. Celui-ci est, semble-t-il, attentif aux deux propositions - propres à combler son appétit pour « les grands discours »... En tout cas, il a demandé à l'un de ses conseillers de recevoir les partisans des deux.

La première salve est tirée en avril par Vincent Duclert, historien à l'Ehess, auteur d'une biographie de Dreyfus unanimement célébrée (1). Rompant avec la légende d'un Dreyfus trop petit pour son destin, Duclert entend mener à son terme une réhabilitation inachevée selon lui. Il révèle un héros sans ostentation, un homme à la hauteur de ce qu'il incarne, affrontant son sort avec courage et détermination, face à l'humiliation et, surtout, aux épouvantables conditions de vie sur l'île du Diable. « C'est un véritable résistant, le meilleur symbole des valeurs républicaines que la France puisse honorer aujourd'hui », s'enflamme Duclert, qui en appelle, en conclusion de son ouvrage, au transfert du capitaine au Panthéon. Soutenue par Jack Lang, le député UMP Hervé Mariton et Jean-Louis Debré, l'idée séduit également les journalistes Jean-Pierre Elkabbach et Edwy Plenel.

Quelques semaines plus tard, le 1er juin, une théorie de prestigieux historiens - appartenant en grande partie au groupe Liberté pour l'Histoire, qui réclame l'abrogation des lois mémorielles - publie, dans Le Figaro littéraire, une supplique au président de la République pour le transfert de Marc Bloch au Panthéon. Les signataires, parmi lesquels figurent Maurice Agulhon, René Rémond, Mona Ozouf, rappellent que, pour l'auteur de « L'étrange défaite », livre pénétrant sur la responsabilité des élites écrit après la débâcle de 1940, le « fondement de son identité, comme de son engagement d'historien, était l'amour de la France ». « De toutes les France, celle de la monarchie et celle de la République », souligne l'éditeur Jean-François Colosimo. Ils sont bientôt rejoints par des dizaines d'historiens et d'intellectuels pour lesquels Marc Bloch incarne, comme l'écrit Alain-Gérard Slama, la « résistance à la pétainisation des esprits ». Certes, il n'est guère connu du grand public, ce qui pourrait ôter à sa « panthéonisation » sa dimension populaire. Mais, poursuit Slama, ce sera peut-être pour les médias l'occasion de célébrer l'« intelligence libérale et désintéressée ».

L'idée, lancée par Max Gallo dans sa recension des oeuvres de Marc Bloch récemment publiées dans la collection « Quarto » (2), est reprise au vol par Etienne de Montety, responsable du Figaro littéraire. « Tous les gens que nous avons contactés, avec le soutien de la famille, ont évoqué le résistant avant de penser à l'historien », souligne celui-ci, un peu surpris par le succès de son initiative, qui suscite de nombreux ralliements. « Il y a une vraie souffrance populaire liée au dénigrement de la France par ses élites et ses médias, lâche Gallo. Célébrer Marc Bloch, c'est répondre à cette souffrance. ».

Les signataires ne s'en cachent pas, il s'agit aussi de célébrer un homme qui, juif par sa naissance, « se défiait des réactions communautaristes ». L'image d'Epinal de l'« israélite français ». « Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas : en face d'un antisémite », a-t-il écrit. Précision qui suscite un certain trouble chez Alain Finkielkraut, grand lecteur de l'historien par ailleurs. « Que Marc Bloch ait été un républicain plus soucieux de son appartenance à la nation que de son identité juive, je n'y trouve rien à redire. Mais le citer en exemple aujourd'hui, c'est formuler une critique implicite de ce qui apparaît à certains comme une crispation identitaire. A cet usage idéologique de Marc Bloch, j'oppose une phrase de Marc Bloch : "C'est un pauvre coeur que celui auquel il est interdit de renfermer plus d'une tendresse." Et j'ajouterai que le problème majeur de la France aujourd'hui n'est pas le communautarisme juif. »

Curieusement, l'académicien et historien Pierre Nora avoue son scepticisme malgré son admiration pour Marc Bloch dont il a republié des oeuvres majeures. « L'homme est sans doute un héros et "L'étrange défaite" l'une des visions les plus lucides et toujours actuelle sur le mal français. » Question de priorité. Pour le maître d'oeuvre des « Lieux de mémoire », le risque est que cette demande de panthéonisation fasse passer au second plan le combat des historiens contre les lois mémorielles. « L'enjeu majeur aujourd'hui, ce sont les relations entre histoire et politique. Je crains qu'on nous donne Marc Bloch pour nous calmer. »

Faut-il vraiment choisir son camp ? En cette période où le dénigrement national et la repentance sont presque de rigueur, l'auteur de « L'étrange défaite » est assurément le mieux placé pour ranimer un sentiment national d'autant plus malheureux qu'il est souvent regardé comme suspect. Nombre d'intellectuels redoutent - non sans raison - que l'hommage rendu à Dreyfus soit une nouvelle occasion de villipender la France en insistant sur les pages les plus honteuses de son Histoire - même si « l'Affaire » est aussi une page glorieuse, puisqu'elle s'est achevée par le triomphe de la vérité. Il n'empêche. Aussi impressionnante qu'ait été la résistance du capitaine Dreyfus, c'est bien, ainsi que le souligne Finkielkraut, « comme victime qu'il a été héroïque ». Dreyfus a fait face à son destin mais ne l'a pas choisi. A l'inverse, engagé volontaire en 1939 à un âge où on attend les honneurs, le fondateur de l'Ecole des Annales est allé vers la mort en connaissance de cause. « N'aie pas peur, petit, ça ne fait pas mal », dit-il, juste avant d'être fusillé, au jeune résistant qui l'accompagnait. Ultimes paroles qui constituent peut-être la définition même de la grandeur.

Reste qu'on est en droit de se montrer sceptique sur le sens même que revêt aujourd'hui l'entrée au Panthéon. « On panthéonise trop, estime Régis Debray - tout en avouant qu'il a lui aussi un candidat en la personne de Toussaint Louverture, héros de l'indépendance haïtienne. L'usure du rituel est dangereuse pour sa symbolique. Si on veut que l'événement conserve un peu de gravité et de résonance populaire, n'en faisons pas un expédient liturgique. » Autrement dit, peut-être est-il plus urgent d'enseigner l'histoire de l'Affaire Dreyfus et de faire connaître l'oeuvre de Marc Bloch que de les célébrer au cours de cérémonies qui risquent d'être sans lendemain. « Marc Bloch au programme, c'est plus important que son corps au Panthéon », résume Rony Brauman. « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France, écrivait l'historien : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. » Alors qu'une majorité de Français ignorent peut-être ce que sont le sacre de Reims et la fête de la Fédération, on peut craindre que ce rituel républicain ne soit plus que le substitut spectaculaire de valeurs républicaines laissées à l'abandon

 

 

 

1. « Affaire Dreyfus : l'honneur d'un patriote », de Vincent Duclert (Fayard, 1 250 pages, 30 E). 2. « L'histoire, la guerre, la Résistance », édition établie par Annette Becker et Etienne Bloch (« Quarto », Gallimard, 1 096 pages, 28 E).

 

© le point 22/06/06 - N°1762 - Page 90 -

 

retour
Par frambois'acide
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 14 juillet 2006
L'hommage de Jacques Chirac au capitaine Dreyfus
 
LE MONDE | 12.07.06 | 13h30  •  Mis à jour le 12.07.06 | 13h37

ntouré du premier ministre et de plusieurs membres du gouvernement, Jacques Chirac a rendu hommage, mercredi 12 juillet, au capitaine Alfred Dreyfus, injustement accusé de trahison, dégradé, déporté pendant près de cinq ans à l'île au Diable en Guyane, avant d'être réhabilité, il y a un siècle. Cette cérémonie a été organisée à l'Ecole militaire, lieu symbolique où Alfred Dreyfus fut dégradé en 1895, puis décoré le 21 juillet 1906, au terme d'une "affaire" qui divisa profondément la France. Nous publions l'intégralité du discours prononcé par le président de la République.

 

"Le 5 janvier 1895, le capitaine Dreyfus est dégradé pour avoir trahi la France. Le pire des crimes pour un officier. Mais ce crime, Dreyfus ne l'a pas commis.

Au matin, dans la cour d'honneur de l'École militaire, un adjudant s'approche de lui. Il lui arrache boutons, bandes de pantalon, insignes de grade. Il brise le sabre de l'officier. Devant lui, Dreyfus reste droit et digne.

Un photographe a saisi l'instant. Cent ans plus tard, on en ressent encore toute la violence. Le capitaine Dreyfus a vu tomber à ses pieds les lambeaux de son honneur. Il a dû affronter les invectives de la foule. Moment terrible pour cet Alsacien qui a choisi en 1872, après l'annexion par l'Allemagne, de rester français. Lui qui, à l'âge de l'adolescence, a juré de devenir soldat pour défendre sa patrie.

Le voilà relégué sur l'île du Diable, au large de la Guyane. Pendant près de cinq ans, Dreyfus est enfermé dans quelques mètres carrés. A partir de 1896, il est mis aux fers chaque nuit. On dresse autour de lui une double palissade : il ne peut même plus apercevoir la mer, sa grande consolatrice. De Dreyfus, on ne devait plus entendre parler.

On en a parlé, pourtant. Pendant des années, on n'a même parlé que de cela : car Dreyfus était innocent.

Il n'y aurait jamais dû y avoir d'affaire Dreyfus : cette médiocre machination aurait pu être dévoilée dès le départ. Mais, parce que la haute hiérarchie ne pouvait s'être trompée, le capitaine devait à tout prix rester coupable. On invoquait l'intérêt supérieur de la nation. Il ne s'agissait que de dissimuler les défaillances de quelques responsables.

Mais d'autres ont refusé la conspiration de l'injustice. Face à l'adversité, ils ont livré le combat de l'honneur et de la vérité. Et d'abord, bien sûr, Dreyfus lui-même. Issu d'une famille juive profondément ancrée dans la République, polytechnicien, brillamment sorti de l'Ecole de guerre, admis au sein de l'état-major, il accomplit, par son travail et sa compétence, une carrière exemplaire d'officier d'élite de l'armée nouvelle.

Soudain, cet homme est pris dans l'engrenage d'une effroyable erreur judiciaire. Mais il ne se résigne pas : il veut sauver son honneur et l'honneur des siens. Plus que tout, il croit en la France et en la République.

S'il accepte en 1899 la grâce présidentielle, c'est à la condition de continuer à lutter pour faire reconnaître son innocence. Il se bat pour que son procès soit révisé. Réhabilité, il se rengage pendant la première guerre mondiale et combat vaillamment pour son pays.

La fermeté d'âme, la droiture, le courage d'Alfred Dreyfus forcent l'admiration. Un officier exemplaire qui, dans les plus terribles épreuves, a toujours agi en soldat. Un patriote qui aimait passionnément la France et qui n'a jamais douté d'elle. Un homme aussi, sachons le reconnaître, à qui justice n'a pas été complètement rendue : la mort dans l'âme, faute d'avoir bénéficié de la reconstitution de carrière à laquelle il avait pourtant droit, l'officier a dû quitter l'armée.

C'est pourquoi la nation se devait (...) de lui rendre un hommage solennel. Et puis il y a le lieutenant-colonel Picquart : nommé chef des renseignements militaires, il comprend que Dreyfus n'est pas coupable. Officier loyal, il s'en ouvre à ses chefs. "Si vous ne dites rien, personne ne saura" : voilà la réponse qu'il reçoit. On l'écarte de son poste, on l'envoie en mission dangereuse. Il pourrait se taire. Il choisit de parler. Sa carrière, sa vie même ont failli en être brisées. Mais lui aussi aime l'armée. Il croit en elle : il veut qu'elle soit juste. Ses chefs se refusent à comprendre à quel point le déni de justice fait à Dreyfus est préjudiciable aux intérêts de l'armée, aux intérêts de la France. Picquart remplit son devoir d'honnête homme : son devoir patriotique.

Ces hommes ont créé les conditions du sursaut républicain. Déjà, l'innocence de Dreyfus ne fait plus guère de doute. L'erreur judiciaire qui l'a frappé prend une nouvelle dimension. Commence véritablement l'Affaire : une crise majeure, mais aussi un moment fondateur pour l'enracinement de la République.

Chacun doit choisir son camp. Deux conceptions de l'individu et de la nation s'affrontent. D'un côté, il y a ceux pour qui la raison d'Etat, l'honneur de l'armée doivent prévaloir sur toute autre considération (...). Pour eux, même innocent, Dreyfus doit rester coupable. Tout est bon pour l'abattre et, à travers lui, atteindre une République encore fragile. De l'autre côté, il y a ceux qui combattent au nom du droit fondamental de chaque personne à la justice. Ils considèrent qu'en reconnaissant l'erreur commise (...), la France se grandit. Ces hommes ont des parcours, des croyances, des opinions très différents : Clemenceau, Emile Zola, l'écrivain engagé, et Anatole France, l'académicien au faîte de sa gloire. Léon Blum, le socialiste, et Charles Péguy, le poète catholique. Bernard Lazare, l'anarchiste, et le vice-président du Sénat, Auguste Scheurer-Kestner. Jaurès, l'éloquence faite homme, et le pur et ardent Lucien Herr, bibliothécaire de l'Ecole normale supérieure. Ce qui les rassemble tous, c'est leur engagement dans l'Affaire. (...) Avec eux, le combat pour Dreyfus devient un combat pour tant de Français. Un combat universel. Un combat pour tous les hommes. Clemenceau l'écrit dans L'Aurore : la République, fondée sur la liberté et la justice, est incompatible avec l'arbitraire et la raison d'État.

La violence des antagonismes nés dans l'Affaire est extrême. Dans un pays où les juifs ont obtenu l'égalité des droits civiques dès 1791, l'antisémitisme se déchaîne, dans les rangs nationalistes, avec une violence inouïe. Pour ou contre Dreyfus, on se bat en duel. (...)

Mais, grâce à la mobilisation des dreyfusards, la voie est enfin ouverte pour la révision. Le 12 juillet 1906, il y a cent ans jour pour jour, la Cour de cassation rend son arrêt. Après avoir conclu, comme vous venez de l'entendre, "que de l'accusation portée contre Dreyfus rien ne reste debout", elle annule la décision du conseil de guerre de Rennes. Réhabilitant Dreyfus, elle se place sur le terrain des principes : la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, les règles fondamentales du droit naturel, le primat des droits individuels sur la raison d'Etat.

L'erreur judiciaire (...) a pris une dimension universelle. L'Affaire aurait pu porter un coup fatal à la République : au lieu de cela, non seulement elle a surmonté la crise, mais elle en est sortie plus forte. Plus assurée de sa légitimité et de ses valeurs. Ses piliers y ont trouvé une solidité nouvelle : l'armée, à qui l'on allait demander tant de sacrifices en 1914, s'est ancrée définitivement dans la République.

La justice, avec la Cour de cassation, a démontré son impartialité et son attachement aux droits de l'homme. La presse a su endosser le rôle de contre-pouvoir, si indispensable en démocratie. L'élite de la République, professeurs, savants, écrivains, ceux que depuis lors on appelle les "intellectuels" ont, pour la première fois, exercé ce magistère moral qui marquera le siècle.

La tragédie du capitaine Dreyfus fut un moment de la conscience humaine. Elle continue à résonner fortement dans nos coeurs. Après avoir divisé le pays, elle a contribué à fortifier la République. Elle fut le creuset où finirent de s'élaborer les valeurs humanistes de respect et de tolérance. Des valeurs qui, aujourd'hui encore, constituent notre ciment. La réhabilitation de Dreyfus, c'est la victoire de la République. C'est la victoire de l'unité de la France.

Le refus du racisme et de l'antisémitisme, la défense des droits de l'homme, la primauté de la justice : toutes ces valeurs font (...) partie de notre héritage. Elles peuvent nous sembler acquises. Mais il nous faut être toujours vigilants : le combat contre les forces obscures, l'injustice, l'intolérance et la haine n'est jamais (...) gagné.

Mesdames et Messieurs,

Le 21 juillet 1906, à l'Ecole militaire, Alfred Dreyfus est fait chevalier de la Légion d'honneur. Là encore, une photographie témoigne pour l'histoire : l'officier réhabilité converse avec ses pairs. Sur le visage de ces hommes, il y a de la fierté : on a rendu son honneur volé à un soldat de la République. Aux cris enthousiastes de "Vive Dreyfus !", le capitaine répond avec noblesse : "Non, Messieurs, je vous en prie. Vive la France !" Aujourd'hui, en honorant Dreyfus, Picquart et tant d'hommes d'exception, c'est à la République, et aux valeurs sur lesquelles la France s'est construite, que nous rendons hommage.

Vive la République ! Vive la France !"

 


Article paru dans l'édition du 13.07.06


 
Par frambois'acide
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 19 juillet 2006

Il y a 80 ans disparaissait Lucien HERR

19 mai

Disponible en ligne à l'adresse http://www.renover-maintenant.org/article.php3?id_article=346

19 mai 1926 - 19 mai 2006 : Il y a tout juste quatre-vingt ans disparaissait Lucien Herr, bibliothécaire de l’Ecole Normale Supérieure, co-fondateur du journal L’Humanité et initiateur de la pétition en faveur du Capitaine Alfred Dreyfus.

Né en 1864 à Altkirch, Lucien Herr, dont la famille choisit en 1872 de rester française, intègre l’ENS en 1883. En 1888, il en devient le bibliothécaire.

Vers 1889, il rejoint le « parti possibiliste », la Fédération des Travailleurs Socialistes de Jean Allemane parce que celle-ci place la défense de la République au cœur de son action (face à Boulanger notamment) et parce qu’elle développe une idée nouvelle : la grève générale.

En 1892, sa rencontre avec Jaurès amène ce dernier à une « conversion » au socialisme. Pendant l’affaire Dreyfus, Lucien Herr réplique à Maurice Barrès et revendique sa qualité de « déraciné » et organise la rencontre des intellectuels favorable au Capitaine injustement condamné. Avec Zola, Clemenceau, Jaurès, Lazare, Scheurer-Kestner et Péguy, il mène un infatigable combat pour la vérité.

Très lié à Léon Blum, il amène de nombreux normaliens sur la voie du socialisme. En 1904, il co-fonde avec Jean Jaurès le quotidien l’Humanité et favorise par son intense travail militant au sein du « Groupe de l’unité socialiste » qui aboutit en avril 1905 au Congrès d’unification du Globe et à la création de la SFIO.

Discret par la suite, il participe au Congrès de Tours de 1920 à la rédaction du discours de Léon Blum. Pour Lucien Herr, l’unité du socialisme était une condition de la réalisation du socialisme. La fracture de 1920 le laissa meurtri sans que, pour autant, le désespoir ne perce. En 1926, emporté par un cancer, Lucien Herr laissait aux socialistes un idéal, une éthique et une méthode d’analyse. Discret mais très influent, celui qui croyait en l’affranchissement de l’humanité par le progrès intellectuel mérite bien qu’on lui rende un hommage affirmé.

Par frambois'acide
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Mes coups de coeur

A lire ou à relire....9782070112029.gif

W3C

  • Flux RSS des articles
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus