Déclaration du Comité régional FCPE d'Ile de France
" L'école que nous voulons "
Plutôt que de revenir sur le rapport d?activité lui-même, nous voulons poser la question de l?enjeu du congrès à la lumière des événements de cette année et dans la perspective de l?année qui vient, en lien avec la réalité de l?école en IDF, avec notre activité quotidienne dans l?action contre la politique actuelle : voir les milliers de parents qui ont manifesté contre la LEC, le CPE au printemps.
La question en débat est centrale : " comment réduire les inégalités à l?école ? Quelle école voulons-nous ? "
La FCPE a un projet éducatif. Ns ne sommes pas démunis. Mais les événements de ces deux dernières années renouvellent la question de l?avenir de l?école. La lutte des lycéens contre la loi Fillon, la révolte sociale mal nommée " émeutes des banlieues " , le mouvement du printemps 2006 contre la LEC, dont le CPE faisait partie, conduisent à poser avec plus de force, plus de radicalité, la question de l?avenir de l'école.
Il convient de réactualiser notre projet éducatif. Le congrès doit sortir avec des propositions fortes que nous porterons en toute indépendance vis à vis des candidats aux prochaines élections.
Nous n'avons pas besoin, ici, de refaire la liste des remises en cause de l'école publique, des régressions à l'oeuvre, liquidant, revenant sur tous les progrès, quelles que soient leurs limites, réalisés depuis l'après-guerre, depuis 50 ans. C'est bien d'une contre-réforme libérale qu'il s'agit, dictée par les exigences de l'économie moderne qui creuse les inégalités.
Face à cette politique, une seule solution : organiser la résistance sur la base de notre projet éducatif comme alternative en intégrant la question sociale à son plus haut niveau, c'est à dire la question de l'égalité de l'accès aux savoirs, à la culture, quelle que soit l'origine socioculturelle des individus, donc la lutte contre les inégalités, contre toutes les discriminations. Quelle politique volontariste pour que l'égalité soit réelle et non seulement formelle ? Voilà la question !
Nous sommes un peu dans la situation de jeter les bases, comme dans l?après-guerre, d?un appel, d?un plan démocratique pour " l?école que nous voulons ".
Pour ce faire, il nous appartient de répondre, en particulier, à 3 questions : qui, quoi, comment ?
Qui ? A qui enseigne-t-on au cours de la scolarité obligatoire, au moins jusqu?à 16 ans? A tous les jeunes d?une classe d'âge ou à une partie privilégiée de la jeunesse répondant aux normes du système ? Pour nous, c'est clair, tous les jeunes sont éducables. Pas de tri !
Quoi ? Qu'enseigne-t-on à l?école, au collège : un socle de connaissances " lire, écrire, compter ", réducteur bien que fondamental, ou une culture commune à repenser, à démocratiser ; une culture à partager par tous, intégrant le " penser ", la formation à la réflexion, au raisonnement, au jugement, au goût, et faisant appel à l?imagination, à la créativité, aux sens, à tous les sens des individus.
Nous devons affirmer clairement qu?au-delà de la nécessaire évolution des disciplines à enseigner, de la place de chacune, de leur articulation la place de la formation à la pensée critique est fondamentale dans le processus de construction du citoyen libre et responsable, acteur de son projet de vie au sein de la société moderne et démocratique.
C'est la dimension démocratique, émancipatrice de l'éducation que nous devons souligner, mettre en avant en opposition à toutes les tentatives de réduction de l'enseignement à ce qui est, serait utile.
Comment ? La question des méthodes pédagogiques est fondamentale. Ni pédagogisme, ni encyclopédisme ! L'objectif d'exigences élevées pour tous en terme de connaissances à acquérir et à maîtriser par chacun implique de repenser l'hétérogénéité en terme de détours, de chemins donnant la possibilité à chacun d'y accéder ; sans tomber dans l?individualisation outrancière, culpabilisante, stigmatisante, excluante préconisée par le gouvernement.
Il convient de mettre en oeuvre des stratégies basées sur les démarches d'apprentissage collective, coopérative tout en personnalisant en prenant en compte l'individu.
Il faut en finir avec un système de notation producteur d?échec, avec la sélection au cours de la scolarité obligatoire.
Il ne peut y avoir de démocratisation des savoirs, de réussite de tous les élèves, d'épanouissement individuel à l'école sans amélioration de la relation humaine école-parents, enseignants-parents, adultes-élèves dans et hors la classe.
Appelons au changement du regard des enseignants vis à vis des élèves et de leurs familles, de l'accueil, à l?évaluation en passant par la pédagogie sans oublier l?orientation, à toutes les étapes de la scolarité.
Il est essentiel de mettre en ?uvre des pédagogies actives où le jeune devient acteur de sa formation, de son projet, et non simple sujet, exécutant, passif, soumis à l'autorité du Maître-Professeur.
Il faut changer profondément la pédagogie ;
Il faut une réforme urgente de la formation professionnelle des enseignants (en 2 ans)
Et, nous revendiquons le droit à l?information des parents sur la pédagogie, dans les conseils d?école et d?administration ;
La place des parents à l'école et de leurs représentants doit être réellement reconnue, pas seulement dans des discours en trompe-l'oeil . Des espaces, des lieux de parole, d'échange et même de formation doivent être organisés pour la concrétiser. C'est ainsi que la co-éducation deviendra une réalité. Réclamons une maison des adultes dans tous les établissements scolaires.
Répondre comme ns le proposons à " l'école que nous voulons " implique, très probablement, des moyens pédagogiques, éducatifs d?une autre ampleur que ceux affectés aujourd?hui. Cela suppose aussi une rénovation pédagogique combinée à un changement majeur dans les relations humaines au sein du système éducatif public. Tout ceci doit trouver sa traduction ds les projets d?établissements, lieu de réalisation concrète des objectifs nationaux.
La question de la place du privé ne peut être éludée ? cela a été dit - d'autant que le gouvernement tend, sans scrupules, à tirer un trait d?égalité entre le privé et le public, qui remplirait, chacun à sa manière, une même mission de service public.
Pour avancer dans cette direction, il nous faut travailler, sans concession, avec opiniâtreté, à construire une alliance entre parents et enseignants, pour travailler et réfléchir ensemble ; trouver des solutions à court, moyen terme. Pour préparer autre chose !
C'est dans l'action contre les régressions et le débat avec les syndicats d?enseignants, d?étudiants et de lycéens, les mouvements pédagogiques que nous forgerons, les grandes orientations d?une alternative pour l'école que nous voulons : démocratique, égalitaire, solidaire, au sein d?une société de même nature, pour offrir un avenir digne à nos enfants !
Ces idées fortes, une fois élaborées, ns les rendons publiques et les mettons largement en débat. Nous sommes prêts à les soumettre, en toute indépendance, aux partis politiques démocratiques qui se réclament de la République, et à leurs candidats, car ils ont la responsabilité d?apporter les réponses politiques à l?avenir de l?école, de notre système éducatif public dans un monde en mouvement.
Une " référence " pour se donner la force d?agir :
Gramsci " pessimisme de l?entendement, optimisme de la volonté ".
http://www.fcpe95.com/IMG/doc/Declaration_CRIDF_congres_national.doc
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