Vous trouverez ci-après le texte de l'entretien qui est paru dans Politis cette semaine :
La multiplication des candidatures traduit-elle l’incapacité de la gauche antilibérale à s’unir ?
Clémentine Autain : Non. Dans un processus innovant par rapport aux traditions qui ont été celles des organisations partie prenante du rassemblement, il est normal qu’aucune personnalité incontestable s’impose. La question est de savoir quel profil peut fédérer ces différentes sensibilités. C’est un choix politique. Pour moi, le critère déterminant est de savoir qui permettra le consensus le plus large pour que personne ne sorte du cadre de la photo. Le trip de la Cinquième République, avec l’homme providentiel qui a rencontré le pays, n’est pas l’état d’esprit de la campagne très collective que nous voulons mener.
Comment voyez-vous cette campagne ?
Ce qu’on a inventé à l’occasion du référendum européen doit nous inspirer. D’abord une campagne de contenu : on intéresse les citoyen-ne-s à la politique quand s’affrontent des visions de la société. Or, j’ai la conviction que nous sommes la seule alternative crédible et durable à Nicolas Sarkozy. Quand il prône l’ultra-libéralisme et l’autoritarisme, nous affirmons les valeurs de solidarité, d’émancipation -individuelle et collective -, de développement humain. Nous devons combattre la droite dure sur le fond, en lui opposant sur tous les terrains la cohérence d’une perspective de transformation sociale authentiquement de gauche. Ensuite, dans la campagne contre le traité européen, il n’y avait pas un grand chef qui expliquait d’en haut ce qu’il fallait faire mais un mouvement circulaire où chacun-e pouvait s’approprier un bout de la campagne. De ce point de vue, Internet a joué un rôle déterminant. Avec un collectif de porte-parole, toutes les sensibilités peuvent être représentées et nous pouvons reproduire en 2007 l’alchimie victorieuse du 29 mai.
Sur le programme, des désaccords subsistent. Quelle est votre position sur le nucléaire ?
C’est l’un des points d’équilibre qu’il nous faut trouver. Celui ou celle qui figurera sur le bulletin de vote devra en tout cas défendre la position commune. Ceci dit, on doit pouvoir partager les termes du débat et l’objectif. Devant la question de la fin du pétrole, comment faire face aux enjeux énergétiques et partager les ressources partout dans le monde, sans mettre en danger la planète ? Les économies d’énergie, la maîtrise publique de l’énergie et le fait de préserver les ressources naturelles, sont des points sur lesquels, je pense, on est tous d’accord. Diversification des sources d’énergie, transparence, précaution, sûreté, démocratie,: voilà le socle commun. En tout état de cause, il est fondamental qu’EDF-GDF reste à 100 % public en sorte qu’il puisse y avoir une maîtrise démocratique de ces enjeux.
Et sur la question du droit de vote des étrangers ?
Je suis favorable au droit de vote des étrangers. Cette position est largement partagée. Plus globalement, n’oublions pas ce qui nous rassemble est supérieur à ce qui nous divise et les choses doivent être dynamiques. Il est fini le temps où on savait exactement, dans le détail, tout ce qu’on allait faire dans les 100 premiers jours et même après (et qu’on ne faisait pas… !). Si on croit à la démocratie, il faut accepter que toutes les discussions ne soient pas closes. D’autres débats extrêmement intéressants nous animent : travail-revenu, croissance-décroissance… Je ne viens pas de la tradition de la décroissance. Je pense qu’il faut développer des activités utiles qui répondent aux besoins. Mais les questions soulevées par cette mouvance m’intéressent parce qu’elles interrogent le type de croissance et de développement que l’on veut. La rencontre de traditions différentes est féconde.
Est-il envisageable de conserver dans le rassemblement à la fois des socialistes et la LCR ?
Le texte Ambition-Stratégie, adopté le 10 septembre, me paraît acceptable à la fois par la LCR et un certain nombre de militants socialistes anti-libéraux. Nous y affirmons notre volonté de battre la droite et l’extrême droite, notre ambition d’être majoritaire et notre refus de participer à un gouvernement dominé par le social-libéralisme, en précisant que l’orientation de la direction actuelle du PS ne permet pas d’envisager des accords parlementaires. Si une équipe se met en mouvement, il y aura une dynamique populaire qui peut convaincre très largement, inciter de nombreux militants, aujourd’hui indécis, à nous rejoindre. Je ne me résous pas à ce qu’une majorité à gauche soit engluée dans une logique de renoncement.
Vous refusez un accord avec le PS mais travaillez avec Bertrand Delanoë. N’est-ce pas contradictoire ?
Si la demande de la LCR est que tous les élus communistes, de la gauche des Verts ou de la gauche du PS quittent les exécutifs locaux, il n’y aura jamais d’accord ! Avoir des élus constitue un point d’appui pour notre projet de transformation sociale et pour nos luttes. J’ai fait le choix en 2001 d’être dans la majorité de gauche pour battre la droite qui dirigeait Paris depuis un siècle. Notre programme se situait en totale rupture avec ce qui se faisait avant. Par ailleurs, les bases d’accord que l’on peut avoir avec les socialistes à l’échelon local ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux que l’on peut concevoir à l’échelon national. Si une dynamique unitaire anti-libérale nous rassemble en 2007 et que l’on est ensuite en situation de porter des listes aux élections locales ensemble, il faudra le faire.
Le fait d’être apparentée communiste peut-il représenter une porte de sortie acceptable pour le PCF, qui a dû mal à faire admettre la candidature de sa secrétaire nationale ?
Militante féministe, membre active de la Fondation Copernic et investie depuis quinze ans dans les mouvances alternatives, ma trajectoire m’a ouverte aux apports des différentes sensibilités de notre collectif. Je suis élue apparentée communiste et donc proche de la force politique la plus importante de notre rassemblement. Ma relation avec cette tradition, sans être membre et sans porter toute l’histoire de ce qu’a été le PCF, peut être un atout. Cette proximité permet aussi de dire aux communistes que leur tradition est féconde dans le rassemblement.
On voit peu de jeunes dans les collectifs. Comment leur donner envie de participer à ce rassemblement ?
C’est un très gros enjeu. Les jeunes ont été les acteurs des mouvements sociaux les plus importants de ces dernières années (contre la loi Fillon, révoltes dans les banlieues, mouvement anti-CPE). Leur présence est forte aussi dans l’altermondialisme ou dans les mobilisations anti-guerre. Mais dans nos espaces politiques, ils sont largement sous-représentés. Si nous arrivons à un accord et faisons irruption dans le débat public avec des aspirations portées par les mouvements de jeunes, beaucoup pourraient venir grossir nos rangs, apporter du contenu et de l’énergie.
Nous avons besoin d’idées neuves. Les nouvelles générations, qui ont grandi avec la chute du Mur de Berlin et qui n’ont pas les mêmes repères, peuvent nous aider à penser le projet de transformation sociale du XXIe siècle, qui articule un modèle économique anti-libéral avec les exigences écolos, féministes et démocratiques. Pour le construire en termes de propositions concrètes, mais aussi nous aider à trouver les mots d’aujourd’hui. Nous nous définissons en contre – antilibéraux – mais nous sommes orphelins de mots, nous n’avons pas encore de terme pour dire quelle est notre utopie commune.
Propos recueillis par MICHEL SOUDAIS





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