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Mercredi 28 juin 2006

Communiqué de presse FSU

 

 Paris le 28 juin 2006



La FSU proteste contre la décision de la Cour d’Appel d’Orléans qui, en condamnant notamment Jean-Emile SANCHEZ, ancien porte-parole de la Confédération Paysanne, à la prison ferme, infirme la décision de première instance, en l'occurrence la relaxe des 49 faucheurs volontaires d’OGM au titre de l'état de nécessité. Cela marque un brutal revirement de la justice sur une question citoyenne qui, pour la FSU, relève de la santé publique. La FSU réaffirme sa demande d’un débat citoyen sur ces questions et condamne la pénalisation du mouvement social, comme elle condamne les tentatives d'intimidation exercées par le Ministère public à l'encontre des journalistes de France 3 qui ont couvert le procès.

Philippe CASTEL, chargé des relations avec la presse, 01 44 79 09 94/ 06 25 76 81 92

Le Secrétariat du SNASUB
3-5 rue de Metz
75 010 Paris
tél: 01 44 79 90 42/ 47
fax: 01 42 46 63 30
mail: snasub.fsu@snasub.fr
par frambois'acide publié dans : Ecologie
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Mardi 20 juin 2006

Tiré du Blog de Pierre Assouline

http://passouline.blog.lemonde.fr/livres/2006/06/aprs_rushdie_vo.html

 

Après Rushdie, Voltaire

          On en est là : au pays de Voltaire, en un temps où il n’est pas d’intellectuel français qui ne s’en réclame pour un oui ou pour un non, la publication de son Mahomet le prophète (112 pages, 5 euros) passe pour une provocation. L’initiative en revient à Christian Bourgois, auteur de l’un des plus prestigieux catalogues de littérature française et surtout étrangère ;  il connut son heure de gloire hors des cercles littéraires, ce dont il se serait bien passé, il y a  dix huit ans en publiant malgré pressions et menaces Les Versets sataniques de Salman Rushdie. Parce que c’était un grand livre et son auteur un écrivain d’avenir. Ces jours-ci, pour inaugurer sa nouvelle collection de poche « Titres », il a donc trouvé naturel d’en réserver le No 1 à la pièce de Voltaire. Sa manière à lui de marquer le coup : après Rushdie, Voltaire. Dans le même esprit, avec la même éthique de l'édition. Pourquoi ?

     « J’avais été indigné par l’asthénie des intellectuels au moment de l’affaire des caricatures du prophète, exaspéré par leur indifférence et leur paresse, m'a-t-il répondu. Cette histoire avait eu un grand retentissement médiatique mais elle n’abordait pas le fond du problème. Ce qui n’est pas le cas avec Voltaire. Et pourtant, silence radio avec cette publication de son Mahomet. Les grandes plumes sont muettes. Tant de pusillanimité me déçoit sans me surprendre ». Christian Bourgois, qui se défend d’avoir voulu faire un « coup », remarque que jusqu’à présent, nul ne l’avait mise en avant. Outre La Pléiade, dans laquelle elle est noyée, il n’y avait guère que l’édition de poche Garnier-Flammarion de Zaïre suivi, en plus petit caractères sur la couverture, de Le Fanatisme ou Mahomet et le prophète, Nanine ou L’Homme sans préjugé et Le Café ou l’Ecossaise.

Voltaire1_1 L’éditeur convient que ce n’est pas la meilleure pièce de Voltaire, et que dans le théâtre Voltaire n’est pas à son meilleur. Mais le message conserve toute sa résonance, d’autant qu’il est renforcé par sa lettre au roi de Prusse placée en liminaire. Il y est dit que l’on doit s’attendre à tout de la part de quelqu’un qui ose faire la guerre à son pays au nom de Dieu : « Mahomet n’est ici autre chose que Tartuffe les armes à la main » écrit Voltaire. Il tient que si sa pièce affermit les âmes faibles contre « les funestes séductions » du prophète, l’indulgence suscite la fraternité entre les hommes quand l’intolérance ne produit que de la monstruosité.

   Jouée pour la première fois en 1741, cette tragédie de l’hypocrisie et de la cruauté aurait le plus grand mal à l’être en Europe en 2006, si toutefois… On y voit Mahomet user de la religion pour encourager un assassinat. La Compagnie de l’Elan l’a montée il y a quatre ans au Théâtre du Nord Ouest à Paris. Les Suisses s’y sont aventurés à leurs dépens : il y a treize ans, à la suite de plaintes et de pressions de Tariq Ramadan et de la mosquée de Genève, la Ville retira sa subvention au théâtre qui avait mûri ce projet. Les musulmans, la jugeant offensante pour leur foi, voulaient la faire interdire, ce qui est aussi absurde que si les Juifs faisaient bannir pour antisémitisme Le Marchand de Venise de Shakespeare. Bis repetita pourtant, il y a six mois encore, à l’annonce d’une simple lecture du Mahomet au théâtre de Carouge, après une représentation à Saint-Genis Pouilly où elle eut lieu également sous la protection des gendarmes. On peut voir actuellement une édition originale de son Mahomet corrigée et augmentée de la main de Voltaire à l’exposition de la Bnf  « Lumières ! un héritage pour demain ». A la manière dont ce volume est présenté, on comprend bien que, si à travers l’Islam Voltaire s’en est pris à tous les fanatismes, sa pièce militante résonne encore comme la dénonciation de l’instrumentalisation du sentiment religieux au service d’une volonté de puissance et de domination.

Pierre Assouline

Pour voir les commentaires de l'article :

http://passouline.blog.lemonde.fr/livres/2006/06/aprs_rushdie_vo.html

par frambois'acide publié dans : Littérature
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Mardi 20 juin 2006

URGENT PETITION

 


 

Là-bas si j’y suis

ne reprendrait pas en septembre !

Contrairement à ce qu’avait annoncé le nouveau directeur de France Inter, l’émission de Daniel Mermet "Là-bas si j’y suis" ne figurerait pas dans la grille à la rentrée de septembre.

Actuellement programmée à 17 heures avec une excellente audience (500 000 auditeurs) "Là-bas" serait programmée à 15 heures ce qui lui ferait perdre plus de 50% de ses auditeurs, la tranche horaire de 15 heures étant traditionnellement beaucoup moins écoutée quelle que soit la radio considérée.

Là-bas si j’y suis n’est pas une émission neutre et cette relégation n’est pas neutre, surtout au lendemain de mobilisations sociales et au seuil d’une année électorale.

Faut-il rappeler que l’actuel président de Radio France Jean-Paul Cluzel, Inspecteur général des finances, longtemps collaborateur de Jacques Chirac, intime d’Alain Juppé et récemment reconverti au sarkozysme n’a pas fait mystère, dans un entretien au Figaro Magazine, de ses idées " de droite, catholiques et libérales ".

Depuis son arrivée marquée par une brutale reprise en main provoquant le départ de personnalités emblématiques comme Pierre Bouteiller et Jean-Luc Hees, c’est près de 400 000 auditeurs qui ont quitté France Inter en moins de deux ans.

Ainsi avec la campagne pour le référendum sur la constitution européenne du 29 mai 2005 où la tranche "7/9" s’est distinguée par un soutien déchaîné et sans contrepartie au OUI, c’est environ 250 000 auditeurs qui ont quitté l’antenne et ne sont pas revenus. Dans le même temps " Là-bas si j’y suis " gagnait 45 000 nouveaux auditeurs.

Le 2 mai à la surprise générale, Frédéric Schlessinger, un nouveau directeur a été nommé à la tête de la station. Inconnu de France Inter qu’il reconnaît ne pas connaître d’avantage, cet ancien responsable du pôle radio du groupe Lagardère s’empresse de couper quelques têtes parmi les plus chères aux auditeurs. Le dernier en date étant Alain Rey une des voix les plus aimées d’Inter.

Mais n’en doutons pas les auditeurs seront sans doute consolés par l’arrivée de M.O.F. (Marc Olivier Fogiel).

Et tout cela dans quel but ? Sauver France Inter en faisant remonter par tous les moyens le chiffre des sondages d’audience.

Ces chiffres sont éminemment discutables et l’on ne fait pas de la radio avec des chiffres. Or même si l’on accepte d’entrer dans cette logique, pourquoi pénaliser " Là-bas " dont le très bon taux d’audience est un des rares en augmentation alors que plusieurs émissions qui ont perdu des auditeurs sont maintenues ?

Ces incohérences ne peuvent dissimuler une volonté politique et idéologique très claire de casser " Là-bas si j’y suis " avant d’en débarrasser la grille de France Inter.

Nous devons nous opposer vigoureusement à ces manipulations. Financée par la redevance, Radio France est un bien public, " la plus grande école de la République " et l’un des seuls espaces médiatiques en France qui n’ait pas pour but de vendre du temps de cerveau humain disponible aux annonceurs.

Cette relégation ne concerne pas seulement Daniel Mermet et l’équipe de Là-bas, c’est un mépris pour ceux qui depuis des années écoutent cette émission et peuvent simplement s’y faire une image différente du monde " à l’écoute de la différence ".

Mépris aussi et avant tout pour ceux dont les voix, ici et ailleurs, de charniers en chantiers, de souffrances en résistances, seraient encore un peu plus étouffées.

 

NON
A LA DISPARITION DE
LA-BAS SI J’Y SUIS !

 


 

Signez dès maintenant la pétition sur le site !

http://petition.la-bas.org/index.php?petition=5&signe=oui

 

Vous pouvez découvrir et écouter des centaines d'émissions de Là-bas si j'y suis sur le site non-officiel

www.la-bas.org

 

par frambois'acide publié dans : Médias
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Jeudi 15 juin 2006

Déclaration du Comité régional FCPE d'Ile de France

 

 " L'école que nous voulons "

 

Plutôt que de revenir sur le rapport d?activité lui-même, nous voulons poser la question de l?enjeu du congrès à la lumière des événements de cette année et dans la perspective de l?année qui vient, en lien avec la réalité de l?école en IDF, avec notre activité quotidienne dans l?action contre la politique actuelle : voir les milliers de parents qui ont manifesté contre la LEC, le CPE au printemps.

La question en débat est centrale : " comment réduire les inégalités à l?école ? Quelle école voulons-nous ? "

La FCPE a un projet éducatif. Ns ne sommes pas démunis. Mais les événements de ces deux dernières années renouvellent la question de l?avenir de l?école. La lutte des lycéens contre la loi Fillon, la révolte sociale mal nommée " émeutes des banlieues " , le mouvement du printemps 2006 contre la LEC, dont le CPE faisait partie, conduisent à poser avec plus de force, plus de radicalité, la question de l?avenir de l'école.

Il convient de réactualiser notre projet éducatif. Le congrès doit sortir avec des propositions fortes  que nous porterons en toute indépendance vis à vis des candidats aux prochaines élections.

Nous n'avons pas besoin, ici, de refaire la liste des remises en cause de l'école publique, des régressions à l'oeuvre, liquidant, revenant sur tous les progrès, quelles que soient leurs limites, réalisés depuis l'après-guerre, depuis 50 ans. C'est bien d'une contre-réforme libérale qu'il s'agit, dictée par les exigences de l'économie moderne qui creuse les inégalités.

Face à cette politique, une seule solution : organiser la résistance sur la base de notre projet éducatif comme alternative en intégrant la question sociale à son plus haut niveau, c'est à dire la question de l'égalité de l'accès aux savoirs, à la culture, quelle que soit l'origine socioculturelle des individus, donc la lutte contre les inégalités, contre toutes les discriminations. Quelle politique volontariste pour que l'égalité soit réelle et non seulement formelle ? Voilà la question !

Nous sommes un peu dans la situation de jeter les bases, comme dans l?après-guerre, d?un appel, d?un plan démocratique pour " l?école que nous voulons ".

Pour ce faire, il nous appartient de répondre, en particulier, à 3 questions : qui, quoi, comment ?

Qui ? A qui enseigne-t-on au cours de la scolarité obligatoire, au moins jusqu?à 16 ans? A tous les jeunes d?une classe d'âge ou à une partie privilégiée de la jeunesse répondant aux normes du système ? Pour nous, c'est clair, tous les jeunes sont éducables. Pas de tri !

Quoi ? Qu'enseigne-t-on à l?école, au collège : un socle de connaissances " lire, écrire, compter ", réducteur bien que fondamental, ou une culture commune à repenser, à démocratiser ; une culture à partager par tous, intégrant le " penser ", la formation à la réflexion, au raisonnement, au jugement, au goût, et faisant appel à l?imagination, à la créativité, aux sens, à tous les sens des individus.

Nous devons affirmer clairement qu?au-delà de la nécessaire évolution des disciplines à enseigner, de la place de chacune, de leur articulation la place de la formation à la pensée critique est fondamentale dans le processus de construction du citoyen libre et responsable, acteur de son projet de vie au sein de la société moderne et démocratique.

C'est la dimension démocratique, émancipatrice de l'éducation que nous devons souligner, mettre en avant en opposition à toutes les tentatives de réduction de l'enseignement à ce qui est, serait utile.

Comment ? La question des méthodes pédagogiques est fondamentale. Ni pédagogisme, ni encyclopédisme ! L'objectif d'exigences élevées pour tous en terme de connaissances à acquérir et à maîtriser par chacun implique de repenser l'hétérogénéité en terme de détours, de chemins donnant la possibilité à chacun d'y accéder ; sans tomber dans l?individualisation outrancière, culpabilisante, stigmatisante, excluante préconisée par le gouvernement.

Il convient de mettre en oeuvre des stratégies basées sur les démarches d'apprentissage collective, coopérative tout en personnalisant en prenant en compte l'individu.

Il faut en finir avec un système de notation producteur d?échec, avec la sélection au cours de la scolarité obligatoire.

Il ne peut y avoir de démocratisation des savoirs, de réussite de tous les élèves, d'épanouissement individuel à l'école sans amélioration de la relation humaine école-parents, enseignants-parents, adultes-élèves dans et hors la classe.

Appelons au changement du regard des enseignants vis à vis des élèves et de leurs familles, de l'accueil, à l?évaluation en passant par la pédagogie sans oublier l?orientation, à toutes les étapes de la scolarité.

Il est essentiel de mettre en ?uvre des pédagogies actives où le jeune devient acteur de sa formation, de son projet, et non simple sujet, exécutant, passif, soumis à l'autorité du Maître-Professeur.

Il faut changer profondément la pédagogie ;

Il faut une réforme urgente de la formation professionnelle des enseignants (en 2 ans)

Et, nous revendiquons le droit à l?information des parents sur la pédagogie, dans les conseils d?école et d?administration ;

La place des parents à l'école et de leurs représentants doit être réellement reconnue, pas seulement dans des discours en trompe-l'oeil . Des espaces, des lieux de parole, d'échange et même de formation doivent être organisés pour la concrétiser. C'est ainsi que la co-éducation deviendra une réalité. Réclamons une maison des adultes dans tous les établissements scolaires.

Répondre comme ns le proposons à " l'école que nous voulons " implique, très probablement, des moyens pédagogiques, éducatifs d?une autre ampleur que ceux affectés aujourd?hui. Cela suppose aussi une rénovation pédagogique combinée à un changement majeur dans les relations humaines au sein du système éducatif public. Tout ceci doit trouver sa traduction ds les projets d?établissements, lieu de réalisation concrète des objectifs nationaux.

La question de la place du privé ne peut être éludée ? cela a été dit - d'autant que le gouvernement tend, sans scrupules, à tirer un trait d?égalité entre le privé et le public, qui remplirait, chacun à sa manière, une même mission de service public.

Sans rouvrir la " guerre scolaire ", osons réaffirmer que la seule école libre dans la république démocratique et sociale de notre siècle, c?est l?école publique : "fonds publics à l?école publique ; fonds privés à l?école privée".

Pour avancer dans cette direction, il nous faut travailler, sans concession, avec opiniâtreté, à construire une alliance entre parents et enseignants, pour travailler et réfléchir ensemble ; trouver des solutions à court, moyen terme. Pour préparer autre chose !

C'est dans l'action contre les régressions et le débat avec les syndicats d?enseignants, d?étudiants et de lycéens, les mouvements pédagogiques que nous forgerons, les grandes orientations d?une alternative pour l'école que nous voulons : démocratique, égalitaire, solidaire, au sein d?une société de même nature, pour offrir un avenir digne à nos enfants !

Ces idées fortes, une fois élaborées, ns les rendons publiques et les mettons largement en débat. Nous sommes prêts à les soumettre, en toute indépendance, aux partis politiques démocratiques qui se réclament de la République, et à leurs candidats, car ils ont la responsabilité d?apporter les réponses politiques à l?avenir de l?école, de notre système éducatif public dans un monde en mouvement.

Une " référence " pour se donner la force d?agir :

Gramsci " pessimisme de l?entendement, optimisme de la volonté ".

 

http://www.fcpe95.com/IMG/doc/Declaration_CRIDF_congres_national.doc

par frambois'acide publié dans : FCPE
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Mardi 13 juin 2006

"La politique, ce n’est pas le nombril des hommes politiques" par Arnaud Montebourg

12 juin

Disponible en ligne à l'adresse http://www.renover-maintenant.org/article.php3?id_article=390

Il mâche rarement ses mots. Surtout pour dénoncer un système politique à bout de souffle ou râler contre les travers de la presse. Arnaud Montebourg est ainsi, entier, intimement convaincu que le renouveau du politique passe par une refondation républicaine et une transformation de la classe dirigeante. Entretien à bâtons rompus dans "Acteurs publics" n°25 de juin-juillet 2006.

Liberté, égalité, fraternité, est-ce dans le bon ordre ?

Arnaud Montebourg : Je ne sais pas si c’est la question. La question, c’est quelle valeur ont aujourd’hui ces proclamations-là, par rapport à la réalité de la vie quotidienne des Français. Une devise, ce n’est pas qu’un slogan creux, c’est aussi quelque chose qu’on est capable de vivre et de faire vivre. Or aujourd’hui, l’écart entre les proclamations, les promesses de la République et son échec dans la vie quotidienne est tel que la République elle-même est menacée. Puisqu’elle donne l’impression d’avoir menti sur son projet, immémorial d’ailleurs.

Auriez-vous envie de changer cette devise ? Ou bien de changer la République ?

Mais c’est la devise de nos ancêtres ! Des gens sont morts pour avoir la liberté, l’égalité, la fraternité. Le problème, ce n’est pas la devise, c’est la République qui se meurt, qui est mourante, vous le savez parfaitement vous-même.

Justement, si vous aviez la possibilité d’effectuer trois réformes pour la France avec des moyens illimités ?

Trois réformes ? D’abord, le problème ne se pose pas en chiffres. La question c’est : est-ce que nous pouvons réconcilier la France avec sa démocratie, et avec la démocratie tout court ? Il y a un démon populiste dans l’histoire de France qui est en train de resurgir, parce que la République ne tient pas ses promesses. Donc la question c’est comment on construit un système politique qui permette d’abord aux Français de se sentir chez eux. Deuxièmement, que ce système politique prenne des décisions en rapport avec les aspirations profondes du pays, ce qui n’est pas inutile dans une démocratie. Et troisièmement que l’ensemble des problèmes que la nation doit affronter puisse être réglé les uns après les autres. En rapport avec la volonté profonde des Français. C’est cela qui nous manque en France, c’est pour cela qu’on est tous déprimés.

Et vous, vous êtes déprimé ? Est-ce que vous êtes optimiste pour la France ?

Moi je suis très optimiste. Il y a des ressources extraordinaires, mais la classe dirigeante n’est pas à la hauteur des problèmes. Voilà ! Elle est d’ailleurs issue d’un système mourant. Une espèce de technostructure qui a fréquenté les mêmes écoles, élevée dans les mêmes réflexes, qui aujourd’hui n’est pas à la hauteur de l’évolution du monde, et qui a besoin de remettre en question ses préjugés issus de temps antérieurs.

Comment faire pour évincer cette technostructure ?

Ce sont les électeurs qui s’en chargent. C’est pour ça que le Parti socialiste doit changer, et je milite, avec mon courant rénovateur pour le transformer profondément.

On dit que la France est un pays de liberté. Est-ce que pour vous cette assertion est encore vraie ?

C’est un pays de liberté menacée. Menacée par le sarkozysme et les atteintes à l’État de droit qui se multiplient. Confusion des pouvoirs, abus de pouvoirs sans aucune sanction. Absence de contrepoids et de possibilité de faire valoir un point de vue dans un système qui n’échappe pas à l’arbitraire. Prise de contrôle, par le politique des autorités indépendantes. Contrôle de la justice par le pouvoir politique. Il n’y a plus d’État de droit en France. Voilà mon point de vue.

Qu’est-ce qui vous a fait entrer en politique ?

La lassitude d’un pays qui n’arrive pas à se transformer.

Comment cela s’est-il passé ?

Vous savez, vous vous battez dans votre métier, dans votre engagement personnel, dans votre vie, et à un moment, vous vous rendez compte que le problème est politique. Vous ne pouvez pas rester seul. Donc il faut agir, collectivement, dans un cadre général pour transformer l’état de la société. Ce n’est pas un problème individuel, c’est un problème collectif.

Vous dénoncez l’utilisation du pouvoir à des fins personnels. Comment se prévenir de ce travers ?

Par des mécanismes législatifs, des systèmes. Cela existe dans tous les pays européens, pourquoi pas en France ? D’abord en organisant la responsabilité du politique, qui n’existe pas dans notre pays. En organisant des contre-pouvoirs dignes de ce nom, en permettant aux citoyens de sanctionner. Tout cela existe dans les pays européens. Il n’y a qu’en France où on est dans le système de l’arbitraire monarchique ou princier, du dauphinat, du patriciat, de l’aristocratie revenante.

Cette situation, vous la voyez encore perdurer après 2007 ?

Non, non, non, tout cela est en train de s’effondrer, bien heureusement. Il était temps. Vive la VIe République !

Même si c’est Sarkozy qui gagne ?

Sarkozy ne gagnera pas parce que c’est un homme abusif et dangereux. Et que par ailleurs ses idées sont extrémistes et utralibérales et la France n’en veut d’ailleurs pas. Et la droite a besoin de ce système politique décadent et, disons les choses, vérolé, malade, pour imposer les potions amères de l’ultralibéralisme. Donc la gauche devra proposer autre chose.

Quels sont les pièges du pouvoir, de la politique ?

Le piège, c’est évidemment l’oubli de l’engagement, c’est cela le plus grave, le plus embêtant. Il faut toujours avertir les électeurs. S’il y a un engagement qui ne peut être tenu, il faut expliquer pourquoi. En expliquant comment on va essayer de différer. Moi je suis pour l’évaluation permanente des politiques et des choix politiques. Je pense qu’il n’est pas absurde de dire à des électeurs : il arrive qu’on se méprenne, qu’on se trompe. Nul n’a la science infuse, mais il faut le faire avec eux, avec les citoyens.

Et ce n’est pas un peu du populisme ?

Non, c’est de l’intelligence, non ? Vous trouvez que c’est du populisme ? Qu’est-ce que c’est pour vous le populisme ? Répondez à ma question...

Peut-être de laisser croire au peuple qu’il aura toujours raison...

Non, il peut se tromper, le peuple peut se tromper tout comme l’élu. Mais excusez-moi, le peuple peut avoir raison parfois. Il n’a pas toujours raison, mais il peut avoir raison. Non, vous ne croyez pas ?

Si, bien sûr. Si vous étiez président de la République, quels seraient vos premiers mots ?

Je ne me suis pas situé dans cette perspective, je n’en suis pas là. Vous me posez une question un peu sotte. Excusez-moi, je suis là pour vous parler des problèmes d’aujourd’hui, vous me posez des questions personnelles. Ce n’est pas ce qui intéresse les gens. Ce qui intéresse les gens, c’est eux...

On peut quand même se poser des questions sur l’engagement personnel d’un homme politique. Il peut être intéressant de savoir qui est le personnage politique derrière l’image...

D’accord, mais enfin ce qui intéresse les gens, c’est d’abord eux, leurs problèmes, comment on va les résoudre. La politique, ce n’est pas le nombril des hommes politiques qu’il faut scruter, c’est plutôt les problèmes des Français, et comment les résoudre. Et cela n’intéresse pas beaucoup les journalistes, vous l’avez remarqué ? Cela s’appelle la people-isation. Vous voyez la people-isation, c’est ça : on regarde le nombril des hommes et des femmes politiques, excusez-moi, on a surtout des problèmes à affronter et différentes manières pour les résoudre. Ça en revanche, ça n’intéresse pas vraiment les journalistes. Vous avez remarqué que cela n’intéresse pas du tout vos collègues ? Ils n’en ont rien à foutre. Ce qui les amuse, ce sont les batailles entre les uns et les autres, et c’est comme cela qu’on détruit ce qui reste de politique.

Mais cela nous intéresse aussi...

Oui, vous ! Mais vous n’êtes pas les gens... Vous n’en faites pas partie, vous êtes au-dessus du panier.

Je pensais en faire un peu partie, mais soit... Et vous, qu’attendez vous des citoyens ?

J’attends qu’ils participent à la décision publique et qu’ils portent les valises de la maison France. Je pense qu’on peut faire cela dans notre pays. Trouver d’autres modes de décisions. Je pense que c’est possible, vu les problèmes qu’on aura à affronter, environnementaux, économiques, sociaux... C’est quand même énorme.

Avez-vous l’impression qu’il y a une crise de l’engagement en France, ou au contraire c’est de plus en plus vif ?

Non, il y a une crise du système politique, mais il n’y a pas de crise de l’engagement, les gens ont soif de politique, ils veulent de la politique, ils n’en trouvent pas.

Comment résoudre cette crise du système politique ?

Il faut construire un nouveau pacte social. Un système politique rénové.

En utilisant l’élection présidentielle de 2007 ? Est-ce que c’est un bon moment pour proposer cette rénovation ?

Mais c’est fait pour ça une élection. C’est pour proposer un programme, non ?

Ce n’est pas vraiment ce qu’il s’est passé il y a quatre ans...

Non, justement, c’est tout le problème. C’est pour cela qu’on est en crise. Comme le débat n’a pas eu lieu en 2002, il faudra bien qu’il ait lieu en 2007.

Propos recueillis par Pierre Koetschet

Entretien paru dans "Acteurs publics" n°25 de juin-juillet 2006.

par frambois'acide publié dans : Renover maintenant
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